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    Traité de Législation: VOL IV

    De l’influence de l’esclavage domestique sur les facultés intellectuelles des maîtres et des esclave

    Charles Comte

    CHAP. 4: > De l’influence de l’esclavage domestique sur les facultés intellectuelles des maîtres et des esclaves.

    Pour connaître comment l’esclavage agit sur les facultés intellectuelles des maîtres, il faut les considérer sous plusieurs points de vue différents ; il faut les considérer dans les rapports qu’ils ont entre eux, dans ceux qu’ils ont avec le gouvernement, et dans ceux qu’ils ont avec la population asservie.

    Chez les Romains, depuis le commencement jusqu’à la fin de la république, les hommes qui appartenaient à la classe des maîtres, n’étaient pas subordonnés les uns aux autres, comme les vassaux sous le régime féodal. S’ils n’étaient pas égaux entre eux, nul ne pouvait du moins commander à un autre, à moins d’avoir été investi d’une magistrature par une partie de la population. De là résultait, pour tout homme qui aspirait à exercer quelque influence sur ses concitoyens, la nécessité de gagner leur confiance, soit par des discours, soit par des actions. Il fallait, par conséquent, que l’art de la parole fût cultivé, ainsi que toutes les connaissances qui s’y rattachent ; avant que d’être orateur, un citoyen devait être grammairien, logicien, moraliste, jurisconsulte, publiciste. C’est aussi dans ces parties des connaissances humaines, que les hommes qui appartenaient à la classe des maîtres, firent de grands progrès, aussi longtemps que, parmi eux, nul n’eut le moyen de mettre la force ou l’autorité à la place du raisonnement. Ce genre de développement, loin d’être jugé avilissant pour les maîtres, devait être, au contraire, jugé honorable, parce qu’il accroissait la puissance de l’homme sur l’homme. Il était, d’ailleurs, le résultat de la liberté ; car les citoyens n’étaient, les uns à l’égard des autres, ni des maîtres, ni des esclaves.

    Mais si un individu de la classe des maîtres était dans la nécessité de développer ses facultés intellectuelles dans les rapports qu’il avait avec ses égaux, il n’était pas dans la même nécessité dans ses rapports avec ses esclaves. À l’égard des premiers, il était un homme libre ; il n’avait de force que le raisonnement. À l’égard des seconds, il était un despote ; il n’avait rien à expliquer, rien à démontrer ; il lui suffisait de commander. Il existait donc, chez les hommes de cette classe, deux obstacles insurmontables aux progrès des connaissances qui ont pour objet d’accroître la puissance de l’homme sur la nature : le premier, est l’avilissement dans lequel l’esclavage avait fait tomber tous les travaux industriels, et qui interdisait aux hommes libres de s’en occuper ; le second, la faculté que possédaient les maîtres d’employer la force ou l’autorité au lieu du raisonnement. Lorsque, à leur tour, les maîtres eurent été asservis, les connaissances qu’ils avaient acquises du temps de leur liberté s’éteignirent, et l’esclavage domestique continua d’agir sur eux. Relativement à leur gouvernement, ils ne furent plus que des esclaves ; relativement à leurs esclaves, ils continuèrent d’être des despotes : il leur était difficile, avec cette double qualité, de faire des progrès intellectuels.

    Sous le régime féodal, les maîtres n’ont pas été organisés comme l’étaient ceux de la Grèce et de Rome. Ils ont fait entre eux un usage plus fréquent de la ruse, de la fourberie ou de la force que de l’éloquence et de la raison ; aussi ne trouve-ton rien, chez eux, qui annonce un développement quelconque de l’art de la parole et des connaissances qui s’y rapportent. Ceux de ces peuples qui, sans cesser d’être possesseurs d’esclaves, sont tombés sous le despotisme d’un individu ou d’une famille, comme les Polonais et les Russes, se sont trouvés dans une position semblable à celle où furent les Romains après l’établissement de l’empire. Ils ont eu à souffrir les inconvénients attachés à deux conditions opposées, à celle d’esclave et à celle de maître ; aussi, avons-nous vu précédemment que les philosophes qui étaient allés étudier les mœurs de ces peuples, avaient été surpris de les trouver semblables à ce que furent les Romains dans leur décadence.

    Les colonies fondées par les Européens en Afrique, en Amérique, et dans les Antilles, n’ont pas été livrées à elles-mêmes ; les gouvernements des peuples qui les ont fondées, ont conservé sur elles une puissance à peu près égale à celle dont ils jouissaient sur le territoire national. Cette puissance a même été quelquefois plus étendue dans les colonies que dans la mère-patrie : c’est ce qui est arrivé particulièrement dans les colonies françaises. Les maîtres, ne jouissant en général d’aucune liberté politique, et ne formant même pas, à proprement parler, des nations indépendantes, n’ont eu à développer aucune de ces facultés intellectuelles qui, dans les pays où la liberté politique est établie, assurent l’empire à ceux qui leur ont donné le plus d’extension. Les colonies anglaises sont les seules auxquelles le gouvernement de la mère-patrie ait toujours laissé quelque pouvoir politique ; et ce sont aussi les seules dans lesquelles on ait trouvé le genre de développement dont je viens de parler. Dans les autres, les maîtres ont généralement montré la stupidité qui est le propre des despotes et des esclaves, à moins qu’ils n’aient reçu leur éducation dans des pays où l’esclavage domestique ne faisait pas sentir son influence : c’est du moins ce que nous attestent les voyageurs, et l’état même dans lequel se trouvent les pays où l’esclavage est admis.

    Les colons hollandais du cap de Bonne-Espérance ont un tel mépris pour toute espèce d’instruction que, quoiqu’ils ne soient pas assez riches pour envoyer leurs enfants étudier en Europe, le gouvernement, ni le clergé, ni la persuasion, ni la force, n’ont jamais pu les obliger à se cotiser pour l’établissement d’une école publique. Il n’existe, dans la ville du Cap, ni libraires, ni sociétés littéraires ; rien n’est plus rare que de voir un livre dans une maison [46] ; l’instituteur le plus habile peut tout au plus donner des leçons d’écriture [47]. Privés de tous les plaisirs de l’esprit, de ceux de la conversation, comme de ceux de la lecture, pour eux le jour présent n’est jamais que la répétition du jour passé. Rien, dit Barrow, n’interrompt cette triste uniformité que la visite accidentelle d’un voyageur, ou la visite moins agréable des Boschismans ; si quelque chose vient la varier, c’est la défiance pour les Hottentots qui les servent, et la crainte d’être égorgés par leurs propres esclaves. Leur ignorance est telle, suivant le même voyageur, qu’on ne les verra jamais profiter de nouvelles plantes que les étrangers leur apportent, ni perfectionner celles qu’ils possèdent depuis longtemps, à moins qu’un grand nombre d’étrangers industrieux ne viennent leur en donner l’exemple [48].

    Les colons hollandais d’Amérique, placés relativement à leur gouvernement et à leurs esclaves, dans la même position que ceux du cap de Bonne-Espérance, ne cultivent pas plus qu’eux leurs facultés intellectuelles.

    Les colons français de la Louisiane, aussi longtemps qu’ils n’ont joui d’aucune liberté politique, sont restés étrangers aux arts, aux sciences et même aux connaissances les plus ordinaires. Ils ont livré l’éducation de leurs enfants à leurs esclaves, et n’ont pu avoir par conséquent des idées plus étendues que celles de leurs instituteurs [49]. Leur réunion aux États-Unis doit sans doute les avoir mis dans la nécessité de donner à leurs facultés intellectuelles quelques développements analogues à ceux que les maîtres romains donnaient aux leurs avant leur asservissement ; mais le maintien de l’esclavage ne peut que les avoir écartés de toutes les connaissances qui donnent à l’homme le moyen d’agir sur les choses.

    Les Espagnols-Américains, en leurs qualités de sujets, de conquérants et de maîtres d’esclaves, n’ont pas été plus disposés que les colons français et hollandais à développer leurs facultés intellectuelles. Avant que ces peuples eussent conquis leur indépendance, on ne rencontrait dans les plus grandes villes, telles que Caracas, aucun établissement public propre à caractériser un peuple instruit et civilisé. Il existait, il est vrai, quelques collèges de théologie dans lesquels on enseignait aussi le droit canon, le droit civil et même un peu de médecine ; mais on n’exigeait guère des élèves que de savoir défendre la doctrine de l’immaculée conception [50]. Les hommes même les plus instruits du pays, ne connaissaient pas les plantes précieuses qui croissaient autour d’eux ; ils faisaient venir de loin et à grands frais, des racines qu’ils foulaient sous leurs pieds [51]. Cependant, comme le nombre des esclaves était peu considérable, comme dans quelques parties du pays on n’en trouvait même presque pas, les hommes libres, obligés de travailler, ont quelquefois aussi été obligés d’exercer leur intelligence sur les objets de leur travail [52].

    Les Anglo-Américains qui ont tiré leur subsistance du travail de leurs esclaves, se sont trouvés, sous plusieurs rapports, dans une position analogue à celle où étaient les Romains avant le renversement de leur république ; libres, les uns à l’égard des autres, ils ont été despotes relativement à la population asservie. Le développement de leurs facultés intellectuelles a répondu à cette double position ; en leur qualité de maîtres, ils ont dédaigné les connaissances qui leur eussent donné le moyen d’agir sur les choses ; ils n’ont agi sur la nature que par leur autorité et par les muscles de leurs esclaves ; mais, comme en leur qualité d’hommes libres ils ne pouvaient employer la force à l’égard de leurs concitoyens, ni à l’égard de leurs confédérés, il a fallu qu’ils fissent usage de leur intelligence ; il a fallu qu’ils acquissent par leurs talents ou par leur caractère, l’autorité que la violence ne pouvait leur donner. Washington et Kosciusko, destinés à combattre ou à gouverner des hommes, pouvaient naître sur une terre exploitée par des esclaves ; mais Franklin, destiné à éclairer le monde et à accroître la puissance de l’homme sur la nature, ne pouvait se développer que dans un pays où les arts étaient exercés par des mains libres. Si les États du sud ont fourni à l’union un plus grand nombre d’hommes propres au gouvernement que les États du nord, et si les États du nord ont donné naissance à un nombre plus grand d’hommes actifs et laborieux que les États du sud, ce n’est point au hasard qu’il faut attribuer ce phénomène ; c’est à la présence de l’esclavage d’un côté, et à la présence de la liberté de l’autre. Là, on aspire principalement à agir sur les hommes, soit par le talent, soit par la force ; ici, on aspire surtout à agir sur les choses, et à les rendre propres à satisfaire nos besoins. On va voir quelles sont les différences qui se trouvent dans les résultats de ces deux directions, relativement aux facultés industrielles [53].

    Les Hollandais sont au nombre des peuples les plus intelligents, les plus actifs, et les plus industrieux de l’Europe ; mais dans les colonies où ils font faire leurs travaux par des esclaves, ils ne montrent ni intelligence, ni activité, ni industrie. Au cap de Bonne-Espérance, leur charrue est une lourde machine, traînée par quatorze ou seize bœufs, qui ne fait que racler la surface du sol, et qui même n’y pénètre pas du tout, lorsqu’il est un peu ferme. Si les paysans ont besoin de cordes, ils se servent de longes de cuir ; s’ils ont besoin de fil, ce sont les fibres des bêtes fauves qui leur en tiennent lieu ; s’ils ont besoin d’encre, ils en font avec de l’eau, de la suie, et un peu de sucre. Si la nécessité ne rendait inventif et ne forçait au travail, dit Barrow, le paysan du Cap ne s’aiderait en rien et se laisserait manquer de tout. Il faut que la contrée soit couverte de cailloux tranchants, pour qu’il se fasse des souliers avec la peau de ses animaux. On peut juger, par la manière de vivre des maîtres, de l’industrie des esclaves [54].

    Dans les colonies d’Amérique où tous les travaux manuels sont exécutés par des esclaves, les maîtres sont obligés de faire venir des pays où l’esclavage n’est point admis, tout produit industriel qui, pour être obtenu, exige quelque intelligence. Les maîtres peuvent employer leurs esclaves à abattre et à transporter des arbres ; mais, s’il s’agit de construire des navires, il faut qu’ils envoient ces arbres dans les pays où l’on trouve des ouvriers libres [55]. Ils peuvent leur faire cultiver grossièrement la terre, et obtenir du blé par leurs travaux ; mais, quand il faut convertir ce blé en farine, on est obligé de l’envoyer dans des lieux où l’on trouve des ouvriers capables de faire des moulins [56]. Les esclaves ne peuvent même pas se livrer à tous les soins qu’exige l’agriculture ; ils n’ont ni assez d’intelligence, ni assez de soin pour cultiver des légumes ou des arbres à fruits [57]. Enfin, leur incapacité est telle, que l’agriculture est encore dans l’état le plus barbare, et les maîtres font venir d’Angleterre le charbon qui leur sert de chauffage, quoiqu’ils n’aient les forêts qu’à six milles de distance [58]. Quelquefois même ils en font venir jusqu’à la brique dont ils bâtissent leurs maisons [59].

    Les esclaves employés au service intérieur de la maison ne sont pas plus habiles que ceux qui sont employés aux autres genres de travaux.

    « Sans idées conservatrices d’ordre et d’économie pour eux, dit un voyageur, ils ne sauraient en avoir pour leurs maîtres : aussi, ceux qu’on réserve pour la domesticité intérieure des maisons, ont-ils un service désagréable. On ne peut les accoutumer à cet arrangement journalier dont l’homme social est soigneux et jaloux ; il faut chaque jour leur répéter l’ordre de tous les jours ; il faut le leur redire à tous les moments ; et une maîtresse de maison dont la famille est nombreuse, dont les détails sont un peu multipliés, se trouve assez occupée toutes les heures du jour, seulement à commander plusieurs de ses domestiques. Ce qui leur est le plus recommandé, comme plus important, n’est pas mieux exécuté que ce qui est indifférent ; et ces vases, ces meubles chéris pour leur prix ou leurs formes, vont être brisés ou mutilés, comme la chose la plus indifférente, tant leur attention est incapable de discerner ou de se rappeler les circonstances où il faut redoubler de surveillance et de précaution [60]. »

    Les causes de l’incapacité des esclaves dans tous les genres d’industrie sont faciles à apercevoir. La main n’exécute bien que ce que l’esprit a bien conçu ; nos organes physiques ne sont, ainsi que je l’ai déjà dit, que les instruments de notre intelligence, et lorsque l’intelligence n’a reçu aucun développement, elle ne peut diriger que mal les organes qui sont à sa disposition. Or, dans les pays où l’esclavage est établi, non seulement les maîtres sont incapables de développer les facultés intellectuelles de leurs esclaves, mais ils ont presque tous une tendance naturelle à en arrêter le développement ; le besoin de la sécurité, plus fort que la passion de l’avarice, les oblige à tenir les hommes asservis aussi près de la brute que cela leur est possible. Le voyageur que je viens de citer rapporte qu’un colon français de la Louisiane répétait sans cesse qu’il ne craignait rien tant que des nègres avec de l’esprit ; il dit que son attention se portait à empêcher qu’ils n’en acquissent, et qu’il n’y réussissait que trop [61]. Il n’y a rien là qui doive nous surprendre ; tels ont été, à toutes les époques, les sentiments et la conduite de tous les possesseurs d’hommes ; les colons ne jugent pas autrement que ne jugeaient les Romains. Le censeur Caton ne voyait rien de plus dangereux que des esclaves avec de l’intelligence ; quand les siens ne travaillaient pas, il les condamnait à dormir, tant il avait peur qu’ils ne s’avisassent de penser [62]. Les Anglo-Américains des États du sud, qui sont aujourd’hui les moins ignorants et les moins brutaux des maîtres, repoussent cependant avec effroi l’idée de faire apprendre à lire à leurs esclaves. Les colons soumis au gouvernement anglais, ne voient pas avec moins de terreur les efforts que font plusieurs habitants de la Grande-Bretagne, pour donner quelques lumières à leurs esclaves. Dans quelques colonies, ils ont repoussé ou condamné à mort des missionnaires qui venaient enseigner la religion chrétienne. Ils ont démoli, de leurs propres mains, le temple dans lequel des hommes asservis s’assemblaient, pour entendre la lecture de l’Évangile. Les mêmes hommes qui auraient cru s’avilir en posant eux-mêmes une pierre pour la construction d’un édifice, n’ont pas craint de déroger en se livrant à la destruction d’un temple [63].

    Les maîtres se croyant intéressés à prévenir le développement des facultés intellectuelles de leurs esclaves, et ceux-ci ne pouvant avoir ni le désir, ni le moyen de s’éclairer, on conçoit qu’ils doivent être dans un état fort voisin d’un complet abrutissement.

    « De tels hommes, dit Robin, doivent avoir l’intelligence extrêmement bornée, et elle l’est en effet à un degré dont l’Européen prend difficilement la mesure. J’en ai vu ne pas pouvoir faire le compte de cinq à six pièces de monnaie ; il est rare d’en trouver en état de dire leur âge, celui même de leurs enfants, ou de déterminer depuis combien d’années ils sont sortis de leur pays, dans quel temps ils ont appartenu à tels maîtres, ou sont passés à tels autres. Avec si peu d’idées du passé, ils doivent en avoir beaucoup moins de l’avenir ; aussi, ils sont d’une insouciance déplorable. Ils usent ou plutôt gâtent ce qu’ils ont de vêtements particuliers, sans penser, s’ils en auront un jour besoin ; ils brisent et détruisent ce qui se trouve sous leurs mains, avec la même insouciance ; ce qui les flatte le plus, ils l’abandonnent ensuite avec la plus grande indifférence [64]. »

    Cependant, c’est par leurs esclaves que les colons font exercer toute espèce de métiers ; mais, comment des métiers peuvent-ils être exercés par des hommes que tout concourt à rendre stupides ? Qui peut se charger de les instruire dans les arts ? Ce ne sont pas les maîtres, puisqu’ils les ignorent et qu’ils craindraient de s’avilir en les exerçant : il faut donc que les esclaves soient dressés par des esclaves. Celui qui enseigne n’a aucun intérêt à rien enseigner ; celui qu’on instruit n’a aucun intérêt à rien apprendre, et le maître commun tend à les abrutir tous les deux. Aussi, n’ont-ils aucune idée de ce qui est beau, utile, commode.

    « J’ai eu occasion d’en employer de plusieurs professions, dit le voyageur que je viens de citer, et je les ai toujours trouvés au-dessous de la médiocrité du talent, même pour le pays. La même chose qu’ils me faisaient deux fois, avait à chaque fois des imperfections particulières [65]. »

    Il résulte des faits qui précèdent, premièrement que l’esclavage n’a pas nécessairement pour effet de vicier les hommes qui appartiennent à la classe des maîtres dans la constitution de leurs organes physiques, mais qu’il a toujours eu pour résultat d’empêcher l’application de ces organes au perfectionnement des choses que la nature a mises à notre disposition. Il en résulte, en second lieu, que l’esclavage a pour effet de favoriser le développement intellectuel des individus de la même classe, en tout ce qui est propre à étendre l’empire de l’homme sur ses semblables, mais qu’il a pour effet aussi d’arrêter le développement des mêmes facultés sur tout ce qui peut étendre l’empire de l’homme sur la nature. Il en résulte, en troisième lieu, que l’esclavage a pour effet de vicier les hommes qui appartiennent à la classe des esclaves, dans la constitution de leurs organes physiques, et de les mettre dans l’impuissance d’en faire aucun emploi avantageux, soit pour eux-mêmes, soit pour les autres. Il en résulte, enfin, que l’esclavage est un obstacle invincible au développement des facultés intellectuelles de la même classe de la population.