Comma for either/or — dharma, courage. Spelling forgiving — corage finds courage.

    Cover for Traité de Législation: VOL III

    Traité de Législation: VOL III

    Des rapports observés entre les moyens d’existence et l’organisation sociale de quelques peuples d’e

    Charles Comte

    CHAP. 32: > Des rapports observés entre les moyens d’existence et l’organisation sociale de quelques peuples d’espèce caucasienne du nord-ouest d’Afrique. — Du genre d’inégalité qui a existé ou qui existe encore chez ces peuples. — Constitution d’une aristocratie militaire.

    Les peuples dont j’ai maintenant à décrire l’état social sont mieux connus que la plupart de ceux dont j’ai parlé dans les chapitres précédents. Nous savons mieux quelle est la manière dont les diverses fractions de la population se sont organisées pour s’assurer des moyens d’existence, et quels sont les effets qui sont résultés de l’emploi de ces moyens. Ici, nous trouvons encore des hommes organisés pour l’exploitation d’un peuple conquis : nous voyons, d’un côté, une aristocratie militaire vivant dans l’opulence, et suppléant au défaut du nombre par la force de son organisation ; et, d’un autre côté, une population nombreuse placée sur un sol fertile, mais vivant dans une misère profonde, et incapable de résister, parce qu’elle est désunie. C’est en observant l’organisation des dominateurs et les effets qui sont résultés de l’exercice de leur puissance, que nous apprendrons à connaître les conditions essentielles à la liberté d’un peuple : si nous voulons savoir quelles sont les conséquences du despotisme, nous devons étudier d’abord les éléments qui le constituent.

    Lorsque des faits historiques remontent à des temps qui nous sont inconnus, c’est une entreprise vaine que de prétendre exposer les causes particulières qui les ont amenés. Quelque pénible que soit, en pareil cas, l’état de doute et d’ignorance, il est impossible d’en sortir sans abandonner la seule route qui soit propre à nous conduire dans la recherche de la vérité. Je ne tenterai donc pas d’expliquer quelles furent les causes qui produisirent l’ordre social observé en Égypte, dans les temps les plus reculés ; car je ne pourrais former, à cet égard, que de vagues conjectures ; il me suffira d’en exposer les traits principaux, ceux qui paraissent en même temps les mieux constatés et les plus féconds en conséquences.

    L’Égypte, aux temps les plus anciens dont nous ayons connaissance, semblait n’être soumise qu’à un chef unique, auquel les Égyptiens donnaient le nom de pharaon, et que nous désignons sous le nom de roi. Ce roi transmettait son pouvoir à un de ses enfants, et sa personne n’était ni moins inviolable ni moins sacrée que celle des rois d’Abyssinie. Ce chef fut-il dans l’origine le général d’une armée conquérante ? S’empara-t-il de l’autorité publique par la conquête du pays et des habitants ? Fut-il d’abord un magistrat électif, et parvint-il à perpétuer son pouvoir dans sa famille par une usurpation ? Les Égyptiens se donnèrent-ils un magistrat unique pour se garantir des dangers des délibérations ? Rendirent-ils son pouvoir héréditaire pour prévenir les troubles des élections ? Nous l’ignorons ; mais il est probable que là, comme ailleurs, les faits précédèrent de longtemps les doctrines, et que, lorsqu’un certain ordre de choses eut été établi sur les ruines d’un ordre différent, on ne manqua pas de raisons pour prouver les avantages de l’un et les inconvénients de l’autre.

    Les Égyptiens n’avaient en apparence qu’un chef héréditaire ; mais, en réalité, ils étaient gouvernés, ou, pour mieux dire, possédés par une caste de prêtres ; ils étaient soumis à l’aristocratie la plus énergique qui ait peut-être jamais existé. Le roi était élevé, nourri, servi, conseillé par des prêtres ; il n’avait d’autres pensées que celles qu’ils avaient gravées dans son esprit ; il n’exécutait d’actions que celles qu’ils lui conseillaient. Il se trouvait dans leurs mains depuis son enfance jusqu’à sa mort ; car il était toujours environné de six conseillers, et ces conseillers étaient choisis parmi eux. Si la dynastie régnante venait à s’éteindre, les prêtres en élisaient une nouvelle dans leur caste ; le roi n’était donc qu’un premier pontife ; c’était une espèce d’idole que les prêtres présentaient à l’adoration du peuple, idole qui, n’ayant à elle aucune idée, était douée de la faculté de manifester, en son propre nom, les volontés des hommes qui la possédaient.

    Les prêtres transmettaient leur pouvoir à leurs enfants, et ne le communiquaient jamais à des individus qui n’étaient pas nés dans leur caste ; ils avaient, de plus, le monopole des connaissances, et ne parlaient entre eux qu’un langage inintelligible au reste de la population ; ils ne pouvaient donc être convaincus d’erreurs, de contradictions, d’incapacité ; rien ne pouvait affaiblir le respect superstitieux qu’ils inspiraient à la multitude pour leurs personnes, ni faire sortir leurs sujets de l’état d’abrutissement et de dépendance où ils les avaient placés.

    Les prêtres formaient la première classe dans l’État ; la seconde se composait de militaires qui avaient le roi pour chef, et qui, par conséquent, n’obéissaient qu’aux prêtres.

    Les terres étaient divisées en trois parts : la première appartenait aux prêtres ; la seconde appartenait au roi, et les revenus en étaient employés à payer ses conseillers et ses ministres qui étaient des prêtres ; la troisième appartenait aux soldats, c’est-à-dire aux gardiens et aux défenseurs des prêtres [156].

    Tous les avantages de l’ordre social étant, suivant les historiens, possédés par une caste, la jouissance perpétuelle lui en était garantie par la nécessité dans laquelle chacun se trouvait, depuis le prince jusqu’au laboureur, de suivre la profession et de conserver le rang de son père. Cet ordre, quelque étranger qu’il soit à nos mœurs actuelles, n’a cependant rien d’extraordinaire ; c’est celui vers lequel tendent, dans tous les pays, les hommes qui, par ruse ou par violence, sont parvenus à se rendre maîtres de leurs semblables.

    L’histoire ne nous a point appris quelle fut l’époque à laquelle les Égyptiens furent ainsi divisés en diverses castes, et où chaque individu se trouva circonscrit, en naissant, dans un cercle dont il lui fut défendu de sortir ; mais on peut croire sans témérité que, lorsqu’une partie de la population s’avisa de poser des bornes insurmontables à l’intelligence, à l’industrie et par conséquent aux richesses de toutes les autres, la société avait fait de grands progrès. Si les premiers hommes qui cultivèrent la terre ou qui construisirent des cabanes, n’avaient jamais pu faire autre chose ; si aucun de leurs descendants n’avait pu exercer d’autre profession que celle de leurs ancêtres, jamais l’Égypte n’eût eu ni prêtres ni rois ; jamais elle n’eût eu ni mathématiciens, ni architectes, ni astronomes. Quoique les historiens ne nous aient pas fait connaître l’ordre dans lequel se formèrent les arts et les institutions de ce peuple, il est permis du moins de mettre en doute si les monuments dont les ruines excitent encore l’admiration des voyageurs, furent l’ouvrage d’architectes par droit de naissance [157].

    La possession exclusive des terres par les soldats et par les prêtres, et la nécessité imposée à chacun de suivre la profession de son père, peuvent faire penser que, dans un temps dont l’histoire ne nous a pas conservé le souvenir, le sol et les cultivateurs de l’Égypte furent la proie d’une armée conquérante ; car il serait difficile de voir à quel autre titre les terres seraient échues à deux classes qui, dans aucun pays, ne se font remarquer par leur amour pour le travail.

    Possesseurs de la partie la plus considérable des terres, les prêtres possédaient aussi les seules habitations qui annonçassent de la richesse et de la puissance. Un voyageur, en visitant les lieux où furent les villes les plus célèbres, a été étonné de trouver partout des ruines de même nature. « Toujours des temples ! dit-il, pas un édifice public ; pas une maison qui eût eu assez de consistance pour résister au temps [158]. » Si les temples étaient si magnifiques, s’ils étaient si multipliées, c’est qu’ils étaient la demeure des prêtres ; ils étaient sans doute élevés en l’honneur des divinités du pays, comme on immolait à Rome des bœufs en l’honneur de Jupiter ; mais les dieux d’Égypte ne tenaient pas plus de place dans leurs temples, que n’en tenait le dieu du Capitole à la table de ses ministres. Les temples de l’ancienne Égypte, en les considérant sous leur vrai point de vue, n’étaient que les palais des grands ; des palais qu’une aristocratie à la fois territoriale et sacerdotale s’était fait construire sous des noms sacrés, par la partie industrieuse de la population [159].

    Lorsqu’une armée conquérante trouve dans un pays qu’elle envahit, une aristocratie puissante, et une populace misérable qui la nourrit, la première est ordinairement condamnée à périr. Si elle n’est pas exterminée au moment de la conquête, ou si elle ne meurt pas dans la défense de ses possessions, elle est condamnée à s’éteindre dans le mépris et la misère. Elle est incapable de se livrer aux travaux qui pourraient la faire subsister, ou elle les dédaigne, parce que l’habitude de la domination les a rendus vils à ses yeux. Les nouveaux dominateurs l’emploient quelquefois partiellement comme moyen d’action sur les esclaves ; mais bientôt ils se débarrassent d’elle, parce que ses prétentions leur inspirent de la méfiance, et qu’ils ne peuvent trouver une sécurité complète que dans sa destruction. La partie asservie de la population est conservée, au contraire, parce qu’elle seule sait cultiver la terre ou exercer les arts ; qu’elle produit plus qu’elle ne consomme, et que ses nouveaux possesseurs ne peuvent exister que par elle.

    Le sol de l’Égypte, enlevé à la partie industrieuse de la population par ses rois, ses soldats et ses prêtres, a passé successivement sous la domination des Assyriens, des Persans, des Grecs, des Romains, des Arabes, des Mamlouks et des Turcs. Sous Cambyse et ses successeurs, l’Égypte vit disparaître la race de ses premiers maîtres ; ses soldats héréditaires furent exterminés, ses prêtres avilis et dépouillés, ses rois expulsés. Les Grecs détruisirent ou expulsèrent à leur tour les dominateurs assyriens, et se mirent à leur place. Les conquérants romains détruisirent ou chassèrent les maîtres grecs, et furent détruits par des conquérants arabes. Les Arabes furent asservis ou dépossédés par des soldats qu’ils avaient achetés comme esclaves. Ceux-ci ont été ensuite subjugués par les Turcs, qui ont fini par en éteindre la race.

    Si des historiens étrangers à l’Égypte ne nous avaient pas fait connaître qu’elle eût des rois, des soldats et des prêtres dont le pouvoir fut héréditaire, nous ignorerions qu’ils ont existé, ou nous ne pourrions former à cet égard que des conjectures. Cette première race de maîtres s’est si complètement éteinte, qu’il ne reste, pour en rappeler le souvenir, que quelques débris de monuments et le témoignage des historiens étrangers ; avec eux ont péri leur langage, leurs connaissances, leur religion et leurs croyances. La destruction de la plupart des autres races de dominateurs n’a pas été moins complète ; on chercherait vainement sur le sol de l’Égypte, des descendants des conquérants assyriens, grecs ou romains ; s’il reste encore quelques Arabes, ce ne sont, s’il est permis de s’exprimer ainsi, que des instruments de culture.

    Mais la race des hommes primitivement asservis n’a pas également disparu ; elle s’est en grande partie conservée à travers toutes les révolutions ; ses mœurs et ses usages ont résisté aux violences des conquérants. Ses premiers possesseurs lui avaient enlevé la propriété du sol sur lequel elle vivait ; ils l’avaient condamnée à des travaux et à un abrutissement sans terme. Elle n’a pu sortir de l’avilissement dans lequel ses ancêtres furent plongés ; elle n’a pu reprendre les propriétés qui leur furent ravies, ni acquérir des lumières dont ses premiers possesseurs la privèrent ; mais elle est toujours restée neutre dans les querelles qui se sont élevées entre les conquérants. Elle les a vu détruire les uns après les autres, tandis qu’elle s’est en partie perpétuée et se conserve encore telle qu’elle existait il y a plus de deux mille ans.

    « Je ne puis apprécier, dit Savary, que la partie (de l’histoire d’Hérodote) qui traite de l’Égypte, et c’est avec la plus grande satisfaction que j’ai retrouvé dans ce pays les mœurs, les usages qu’il a décrits avec quelques légères modifications que le changement de dominations et de religion y ont introduits [160]. »

    Pour tracer le tableau des mœurs des habitants de l’Égypte, il faut diviser la population en deux classes : celle des dominateurs ou des maîtres qui, à diverses époques, ont formé l’aristocratie, et celle des sujets ou des esclaves qui composaient la masse de la population. Les mœurs des maîtres n’ont pas toujours été les mêmes : les conquérants qui ont successivement envahi ce pays, y ont porté les mœurs ou les usages qui étaient propres à leur nation. Ils ont été plus ou moins oppresseurs, plus ou moins vicieux, selon que le peuple auquel ils ont appartenu a été plus ou moins barbare [161].

    Nous ne connaissons que d’une manière très imparfaite les mœurs des premiers possesseurs, celles de la triple aristocratie territoriale, sacerdotale et militaire, qui la première se rendit maîtresse des hommes et du sol. Cette aristocratie, comme celle des Malais dans les îles du grand Océan, semble n’avoir attaché de l’estime qu’aux qualités essentielles qui la constituaient, et avoir avili toute qualité qui aurait pu être acquise par la race assujettie. La pudeur, la chasteté n’étaient point des vertus ; car, si elles avaient été estimées, les femmes des sujets auraient pu avoir des droits à l’estime aussi bien que les femmes des maîtres.

    Lorsque, vers le milieu du sixième siècle, les Arabes enlevèrent l’Égypte aux empereurs grecs de Constantinople, ce pays avait déjà beaucoup souffert de la domination des maîtres divers qui l’avaient possédé. Cependant, il était encore très florissant, si l’on en juge par l’enthousiasme qu’inspira à ces nouveaux conquérants la prise d’Alexandrie, et par la description qu’ils nous ont eux-mêmes donnée de cette ville [162]. L’Égypte, quoique souvent déchirée par les querelles des Arabes qui se disputaient le pouvoir, ne tomba point dans la barbarie. La géométrie, l’astronomie, la grammaire, la poésie furent cultivées, et les arts ne furent point négligés. L’agriculture fit même quelques progrès sous les califes, puisque c’est sous leur domination que la culture du riz fut introduite [163].

    Un des chefs arabes auxquels l’Égypte était soumise, se proposant sans doute d’accroître son pouvoir, institue une milice qui soit étrangère tout à la fois aux Égyptiens et à sa propre nation. Salah-Nuginmeddin achète des Tatars les esclaves qu’ils viennent vendre au Caire ; il les fait dresser selon qu’il convient à ses vues, et en forme un corps militaire. Ces soldats sont désignés sous le nom de Mamlouks, terme qui signifie esclaves. Lorsque ces esclaves sont devenus assez nombreux et assez puissants pour vaincre les résistances que voulait surmonter leur maître, ils le massacrent, et mettent à sa place un homme pris parmi eux. Ils prouvent ainsi qu’un prince qui craint la force de sa nation et qui veut la surmonter, est obligé de créer une force plus grande qui a aussi une volonté et des intérêts que tôt ou tard elle sait faire triompher [164].

    Une aristocratie purement militaire succède au gouvernement des Arabes, également militaire. Le pouvoir souverain se trouve entre les mains des principaux officiers des esclaves, appelés sangiaks, et que nous désignons sous le titre de beys. Ces grands choisissent parmi eux un chef, chargé de gouverner sous leur direction ; c’est leur président, ou pour mieux dire le général en chef de l’armée ; il est désigné sous le nom de sultan. Le pays est, au reste, divisé en vingt-quatre fractions, une pour chacun des principaux officiers ou beys. L’armée étrangère, créée par les chefs arabes, continue de se recruter de la même manière qu’elle avait commencé. Chacun des beys fait acheter au Caire ou à Constantinople de jeunes esclaves qui y sont amenés de Géorgie, de Circassie, de Natolie et quelquefois même de Nubie. Ces esclaves, dont la plupart sont nés de parents chrétiens, sont, en arrivant dans la maison de leur maître, circoncis, et instruits dans la religion de Mahomet. Ils sont, en même temps, dressés à manier un cheval, à lancer le javelot, à se servir du sabre et des armes à feu. Ils remplissent dans l’intérieur de la maison les divers offices auxquels leur éducation et leurs dispositions naturelles les rendent propres. Ils sont obligés de se raser et de vivre dans le célibat jusqu’à ce qu’ils soient élevés à quelque dignité ; alors ils laissent croître leur barbe et peuvent se marier. Arrivés au grade de cachef, ils sont chargés de l’exploitation des villes placées sous la dépendance de leur patron ; ils achètent pour leur propre compte des esclaves qui deviennent leurs gardes, et ils les dressent comme eux-mêmes ont été dressés. Ils n’ont plus qu’un pas à faire pour arriver à la dignité de bey [165].

    L’influence de chaque bey ou sangiak, étant en raison du nombre, des talents et de la force de ses esclaves, chacun a le plus grand intérêt à multiplier les siens et à les rendre redoutables : ils sont pour lui le seul moyen de puissance et de sécurité. Un sangiak, dans l’étendue des pays soumis à son exploitation, n’a jamais pour subordonnés que des hommes choisis par lui parmi ses propres esclaves. Chaque province, chaque district a son gouverneur, chaque village son lieutenant, partout des maires qui veillent aux mouvements de la multitude. « Le système d’oppression, dit Volney en exposant cette organisation, est méthodique ; on dirait que partout les tyrans ont la science infuse [166]. »

    Le pouvoir et les propriétés d’un bey ne passent point à ses enfants ; lui mort, les autres beys les accordent à l’esclave ou à l’affranchi qu’ils en jugent le plus digne, ou, pour mieux dire, à celui qui se montre le plus dévoué aux intérêts de la majorité des électeurs ; l’intérêt de famille est sacrifié à l’intérêt de l’occupation militaire. Si un fils succédait au pouvoir de son père, l’aristocratie militaire pourrait tomber dans des mains incapables de la conserver, et la population asservie pourrait tôt ou tard s’affranchir ; mais en faisant passer l’autorité dans les mains des affranchis les plus audacieux et les plus habiles, les liens de la servitude ne se relâchent jamais ; la subordination militaire conserve d’ailleurs toute sa puissance, et l’ambition de tous est constamment stimulée par l’espoir de l’avancement. L’usage des beys de faire passer leur autorité et leur fortune à des hommes qui ont été achetés comme esclaves, est si respecté, qu’il est sans exemple que quelqu’un d’entre eux ait tenté de le violer en faveur de quelqu’un de ses enfants [167].

    Dans presque tous les pays où des conquérants s’établissent, ils finissent par se confondre plus ou moins avec la population conquise ; ils prennent, au moins en partie, ses mœurs, son langage, sa religion et même ses lois. Si leurs descendants conservent une partie des avantages que leur donna la force, ils se considèrent du moins comme une fraction du même peuple ; les uns et les autres ont une dénomination commune [168].

    Les Mamlouks, depuis l’établissement de leur puissance jusqu’à leur destruction, sont tous d’origine étrangère ; ils sont presque tous amenés dans le pays en qualité d’esclaves, et achetés comme tels pour concourir à l’exploitation de la population conquise. Mais que deviennent leurs enfants ? Tombent-ils dans les rangs des hommes possédés, ou forment-ils une classe distincte ? Les Mamlouks, tant qu’ils ne sont parvenus à aucun emploi, sont entièrement esclaves et ne peuvent se marier : la plupart restent donc toujours célibataires. Ceux qui se marient, n’épousent pas des femmes qui appartiennent à la population exploitée, des femmes coptes ou arabes ; ils épousent de jeunes esclaves qui ont la même origine qu’eux, ou qui sont achetées chez des peuples de même race. Or, les individus qui appartenaient à ces peuples, lorsqu’ils ne s’unissent pas à des indigènes, ne peuvent pas se reproduire au-delà de la seconde génération. La race des esclaves affranchis refusant, par orgueil ou pour d’autres causes, de s’allier à la population exploitée, est ainsi condamnée, par la nature, à s’éteindre ou à se recruter sans cesse à l’étranger [169].

    Mais, quoique étrangers par la naissance, les Mamlouks ne considèrent pas moins l’Égypte comme leur propre pays ; l’habitude et l’éducation font perdre à chacun le souvenir de ses parents et du lieu où il a reçu la vie ; amenés de pays différents, ils n’ont aucun intérêt commun par leur origine ; ils ne sont liés entre eux que par l’intérêt d’une exploitation commune [170].

    Au commencement du seizième siècle, le sultan des Turcs, Sélim, envahit l’Égypte et détrône le sultan des Mamlouks. Après l’avoir mis en fuite, il le rappelle, lui rend le gouvernement ; mais, bientôt après, il le fait pendre à la porte du Caire. Soit que, par cet acte de rigueur, il ait compromis son autorité, soit qu’il veuille se montrer généreux envers les vaincus, il consent à traiter avec eux : il leur octroie une charte. Dans le préambule de cette charte, il admet l’existence du gouvernement républicain des vingt-quatre beys, mais sous les conditions suivantes : qu’ils reconnaîtront eux-mêmes la souveraineté du sultan de Constantinople et celle de ses successeurs ; qu’ils recevront, comme son représentant, le lieutenant qu’il lui plaira de leur envoyer ; qu’ils lui paieront un tribut en argent et en denrées ; que, pendant la guerre, ils lui fourniront douze mille hommes dont ils auront eux-mêmes le commandement, et que, pendant la paix, ils ne pourront entretenir plus de quatorze mille soldats ou janissaires. Les beys sont autorisés à suspendre le lieutenant du sultan, dans le cas où il attenterait à leurs privilèges, c’est-à-dire à leur pouvoir absolu sur la population asservie [171].

    L’occupation militaire qui avait remplacé la domination des Arabes continue donc d’exister après la conquête des Turcs. Le pacha envoyé en Égypte a d’abord toute l’autorité que produit le souvenir d’une victoire récente ; mais, arrivant dans le pays sans aucune force qui lui soit propre, son autorité se réduit insensiblement à celle que peut lui donner l’intrigue. Dans les derniers temps, ce n’est plus qu’un fantôme que l’on renverse d’un souffle : les beys, à la tête des armées et des provinces, jouissent réellement de tout le pouvoir ; ils ne laissent un pacha en place qu’aussi longtemps qu’il favorise leurs desseins. Si ce représentant du sultan ose élever la voix pour défendre les intérêts de son maître, le divan ou conseil des sangiaks s’assemble à l’instant et le renvoie. Quelquefois, les sangiaks ne lui laissent même pas le temps d’entrer en fonctions ; ils l’obligent à quitter l’Égypte aussitôt qu’il y a mis le pied ; s’il est reçu, il n’a pas la liberté de sortir de son palais, sans la permission du chef des beys ; c’est un prisonnier d’État qui, au milieu de la splendeur dont il est environné, sent durement le poids de ses fers ; aussi, le poste qu’il occupe n’est-il considéré que comme une sorte d’exil [172].

    Les sangiaks, ayant pour chef un d’entre eux auquel ils donnent le titre de scheik el balad (le vieux du pays), se partagent donc, comme avant la victoire des Turcs, l’exploitation de l’Égypte. Chacun d’eux place, sur tous les points du pays soumis à son commandement, depuis les villes les plus considérables jusqu’aux plus petits villages, un homme choisi parmi ses esclaves et chargé d’exploiter sa part du territoire. Pour seconder les beys et leurs agents, il existe de plus une armée subordonnée également composée d’étrangers : ce sont des janissaires, ayant la même origine, les mêmes privilèges et la même organisation que ceux qui existent dans les villes soumises à l’empire turc.

    Ces janissaires sont ordinairement des hommes que leurs désordres ou leurs crimes ont obligés de se bannir de leur pays natal [173] : quelques-uns succèdent au pouvoir militaire de leurs pères [174] ; plusieurs, même parmi ceux que leurs crimes ont fait chasser de Constantinople, se livrent au commerce [175] ; mais presque tous vivent dans le désordre, se dispensent du service militaire, et parcourent les villes pour y saisir l’occasion de se livrer au vol et au pillage [176].

    Les janissaires, quoique soumis d’ailleurs aux beys, ont le privilège de ne pouvoir être arrêtés et punis que par des hommes de leur propre corps, quels que soient les crimes dont ils se sont rendus coupables. Ainsi, il n’y a, en général, de crimes punis que ceux qui blessent les intérêts militaires ; les actions qui n’offensent que les hommes de la classe asservie, ne sont pas mises au rang des délits et restent sans punition, quand ce sont les maîtres ou leurs agents qui en sont les auteurs [177].

    Les beys, ayant un pouvoir sans limites dans les terres de leur domination, transmettent à chacun de leurs officiers un pouvoir également illimité. Dans les moments où l’harmonie règne entre eux et où ils se considèrent comme égaux, il existe, dans la seule ville du Caire, plus de quatre cents personnes qui s’arrogent un pouvoir sans bornes, et qui exercent selon leurs caprices ce qu’il leur plaît d’appeler la justice [178].

    Dans les villages et dans les villes peu populeuses, il suffit d’un délégué du bey et de quelques janissaires pour maintenir dans l’obéissance la population conquise ; mais dans les grandes villes, ces moyens pourraient ne pas être toujours suffisants : on en établit donc quelques autres. Tous les hommes exerçant la même profession ou faisant le même métier, sont réduits en corporations ; ils ont un chef chargé de surveiller les actions ou les opinions des membres, et d’en rendre compte aux possesseurs du pays ; la prévoyance est portée si loin à cet égard, que les filles publiques et les voleurs eux-mêmes sont formés en corps [179]. Les fonctions du prévôt des voleurs consistent sans doute à veiller d’une manière spéciale à la sûreté des propriétés des dominateurs.

    Un moyen plus efficace encore que le précédent de maintenir dans l’asservissement la population conquise est adopté : c’est l’interruption de toute communication entre les habitants d’un même lieu. Dans toute ville un peu considérable, il existe aux deux extrémités de chaque rue, une porte confiée à la garde des janissaires. Si quelque acte de violence excite, sur un point, le soulèvement de la multitude, à l’instant les portes de la rue sont fermées, et l’insurrection ne s’étend pas plus loin ; ces portes sont fermées d’ailleurs tous les soirs et ne s’ouvrent qu’au jour. Chaque fraction de la population subjuguée se trouve ainsi renfermée dans une sorte de prison ; et si, dans le silence et les ténèbres de la nuit, les tyrans jugent à propos de faire des exécutions militaires, ils n’ont pas à craindre que les victimes se sauvent par la fuite ou qu’elles soient secourues [180].

    La manière dont la justice s’administre entre les particuliers, est celle qui est en usage dans tout l’empire turc. Il existe à Constantinople un premier magistrat qui porte le titre de quâdi el uskar (juge de l’armée), titre convenable au magistrat d’une nation de conquérants. Ce grand cadi nomme les juges des villes capitales, et ceux-ci nomment les juges des villes de leur dépendance. Les fonctions de juge, comme toutes les autres, ne sont données qu’à ceux qui en offrent le plus d’argent, et ne le sont jamais pour plus d’un an : il faut donc que le cadi, dans le cours de cette année, rentre dans ses déboursés et fasse tous les bénéfices pour lesquels il a acheté sa place. On voit aisément quel doit être l’effet de ces dispositions dans des hommes qui ont en main la balance où les sujets viennent déposer leurs biens [181].

    Les Égyptiens ayant été abrutis, et dépouillés de leurs propriétés par leurs antiques possesseurs ; ayant passé, après la ruine de ces premiers maîtres, sous le joug des armées assyriennes, persanes, grecques, romaines et arabes, on conçoit qu’une armée de barbares qui crée ou conserve l’usage des moyens d’oppression que je viens d’exposer, doit rencontrer peu de résistance : on conçoit que, quoiqu’elle ne soit composée que d’environ huit mille hommes, il doit lui être facile de maintenir près de quatre millions d’individus dans l’obéissance [182].

    Si maintenant nous considérons la population d’Égypte dans son ensemble, nous verrons que, depuis les temps les plus reculés, elle s’est divisée en deux fractions : l’une, celle des peuples vainqueurs dont les individus ont tour à tour occupé tous les emplois de la puissance civile et militaire ; l’autre celle du peuple vaincu, qui a rempli toutes les classes subalternes de la société [183]. L’oppression qui a toujours été la conséquence nécessaire d’un tel régime, n’a laissé subsister chez les vaincus que les individus dont l’existence a été absolument nécessaire pour faire vivre les vainqueurs. L’Égypte n’a point de classe intermédiaire composée de négociants, de propriétaires, ou d’hommes exerçant les professions de médecin, d’avocat, ou autres analogues. Dans ce pays, tout est militaire, c’est-à-dire agent d’exploitation, ou tout est artisan, laboureur ou petit marchand, c’est-à-dire population exploitée [184]. S’il existe dans les villes populeuses quelques familles qui, par leur aisance, appartiendraient ailleurs à la classe moyenne, elles cachent leur fortune, et cherchent à se confondre, par les apparences de la pauvreté, avec les classes les plus misérables [185].

    Les Mamlouks, en recevant un pacha turc, qui arrivait chez eux sans aucune force apparente, avaient cru ne rien perdre de leur puissance ; et, en effet, pendant longtemps, leur pouvoir semble n’avoir rien perdu. Le sultan Sélim avait confirmé, par sa charte, le pouvoir absolu de la république des beys sur la population conquise ; il les avait seulement obligés à prendre, dans les affaires de religion, l’avis du mollah ou grand-prêtre soumis à son autorité ; et il ne paraît pas que le gouvernement de Constantinople ait jamais manqué à ses engagements, en protégeant la population vaincue contre l’oppression de ses conquérants. Mais le seul fait d’avoir admis parmi eux l’agent d’une puissance étrangère, et d’avoir reconnu la souveraineté de cette puissance, donne à la Porte le moyen de les dominer les uns par les autres et de les détruire ensuite.

    L’occupation des Turcs s'étant d’abord confondue avec celle des Mamlouks et l’ayant ensuite remplacée, qu’il me soit permis de rappeler ici l’origine de ce peuple et la nature de son gouvernement. On verra que la révolution qu’ils ont opérée en Égypte, s’est réduite à une mutation de personnes, mais que le système est resté à peu près le même.

    Les Turcs ont aujourd’hui tous les traits physiques de la plupart des peuples d’Europe. Leurs ancêtres étaient cependant une race de Tatars ; ils appartenaient à ces hordes qui, du centre de l’Asie, ont porté la barbarie dans le monde entier. On se fatigue à rechercher leur origine ; leurs antiquités, suivant Voltaire, ne méritent guère mieux une histoire suivie que celles des loups et des tigres de leur pays. Un calife des Arabes de la dynastie des Abbassides, fit venir, pour sa garde, une troupe de cinq ou six cents de ces barbares ; ceux-là en appelèrent d’autres. Ils prirent parti dans les querelles qui s’élevèrent entre les Arabes, et finirent par subjuguer les hommes qui les avaient appelés ou reçus. Telle est l’origine de la puissance ottomane qui a tout englouti, de l’Euphrate jusqu’à la Grèce. Cette origine a été la même que celle des Mamlouks.

    Les Turcs ont modifié leur constitution physique par leurs alliances et par leurs affiliations : ils ont toujours, comme les grands de Perse, tiré la plupart de leurs femmes de la Géorgie ou de la Circassie, et ils en ont pris l’élite ; longtemps aussi, ils ont exigé des Grecs le dixième de leurs enfants ; et ces enfants, élevés dans la religion musulmane et confondus avec les conquérants, ont fini par en faire partie [186]. Mais, s’ils sont parvenus à modifier leurs traits physiques, ils n’ont rien changé à leur caractère moral : ceux qui existent aujourd’hui sont aussi ignorants et aussi féroces que ceux qui, pour la première fois, abandonnèrent la Tartarie.

    Suivant les usages des peuples barbares, le vaincu est entièrement à la discrétion du vainqueur ; il devient son esclave ; sa vie, ses biens lui appartiennent : le vainqueur est un maître qui peut disposer de tout, qui ne doit rien, et qui fait grâce de tout ce qu’il laisse.

    « Tel, de tout temps, dit Volney, fut le droit des Tatars dont les Turcs tirent leur origine. C’est sur ces principes que fut formé même leur état social. Dans les plaines de la Tartarie, les hordes, divisées d’intérêt, n’étaient que des troupes de brigands armés pour attaquer ou pour se défendre, pour piller, à titre de butin, tous les objets de leur avidité.

    « Déjà tous les éléments de l’état présent étaient formés. Sans cesse errants et campés, les pasteurs étaient des soldats ; la horde était une armée : or, dans une armée, les lois ne sont que les ordres des chefs ; ces ordres sont absolus, ne souffrent pas de délai ; ils doivent être unanimes, partir d’une même volonté, d’une seule tête : de là une autorité suprême dans celui qui commande ; de là une soumission passive dans celui qui obéit. Mais dans la transmission de ces ordres, l’instrument devient agent à son tour ; il en résulte un esprit impérieux et servile, qui est précisément celui qu’ont porté chez eux les Turcs conquérants : fier, après la victoire, d’être un des membres du peuple vainqueur, le dernier des Ottomans regardait le premier des vaincus avec l’orgueil d’un maître ; cet esprit croissant de grade en grade, que l’on juge de la distance qu’a dû voir le chef suprême de lui à la foule des esclaves. Le sentiment qu’il en a conçu ne peut mieux se peindre que par la formule des titres que se donnent les sultans dans les actes publics.

    « Moi, disent-ils dans les traités avec le roi de France, moi qui suis, par les grâces infinies du grand, juste et tout-puissant Créateur, et par l’abondance des miracles du chef de ses prophètes, empereur des puissants empereurs, refuge des souverains, distributeur des couronnes aux rois de la terre, serviteur des deux sacrées villes (la Mecque et Médine), gouverneur de la sainte cité de Jérusalem, maître de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, conquises avec notre épée victorieuse et notre épouvantable lance, seigneur des deux mers (Blanche et Noire), de Damas odeur du paradis, de Bagdad siège des califes, des forteresses de Bellegrad, d’Ario, et d’une multitude de pays, d’îles, de détroits, de peuples, de générations et de tant d’armées victorieuses qui reposent auprès de notre porte sublime ; moi, enfin, qui suis l’ombre de Dieu sur la terre, etc. [187] »

    Du faîte de tant de grandeurs, le sultan ne considère la terre qu’il possède et qu’il distribue, que comme un domaine dont il est le maître absolu ; il ne considère les peuples qu’il a conquis que comme des esclaves dévoués à le servir, et les soldats qu’il commande, comme des valets avec lesquels il maintient ces esclaves dans l’obéissance. Volney compare l’empire turc à une habitation de nos îles à sucre, où une foule d’esclaves travaillent pour le luxe d’un seul grand propriétaire, sous l’inspection de quelques serviteurs qui en profitent ; il n’y voit d’autre différence, sinon que le domaine du sultan étant trop vaste pour une seule régie, il a fallu le diviser en sous-habitations, sur le plan de la première : telles sont les provinces sous le gouvernement des pachas. Ces provinces se trouvant encore trop vastes, les pachas y ont appliqué d’autres divisions, et de là cette hiérarchie de préposés qui, de grade en grade, atteignent aux derniers détails.

    « Dans cette série d’emplois, ajoute Volney, l’objet de la commission étant toujours le même, les moyens d’exécution ne changent pas de nature. Ainsi, le pouvoir étant, dans le premier moteur, absolu et arbitraire, il se transmet arbitraire et absolu à tous ses agents ; chacun d’eux est l’image de son commettant ; c’est toujours le sultan qui commande sous les noms divers de pacha, de motsallam, de qûïem-maqam, d’aga ; il n’y a pas jusqu’au délibache qui ne le représente. Il faut entendre avec quel orgueil le dernier de ces soldats, donnant des ordres dans un village, prononce : C’est la volonté du sultan ; c’est le bon plaisir du sultan. La raison de cet orgueil est simple ; c’est que, devenant porteur de la parole et ministre de la parole du sultan, il devient le sultan même... Sans doute, comme disent les Turcs, le sabre du sultan ne descend pas jusqu’à la poussière ; mais, ce sabre, il le dépose dans les mains de son vizir, qui le remet au pacha, d’où il passe au motsallam, à l’aga, et jusqu’au dernier délibache, en sorte qu’il se trouve entre les mains de tout le monde, et frappe jusqu’aux plus viles têtes [188]. »

    Dans chaque gouvernement, le pacha représentant le sultan, qui est l’ombre de Dieu sur la terre, possède donc une autorité absolue ; il réunit dans sa personne tous les pouvoirs, à l’exception de celui qui consiste à rendre la justice dans les affaires où le gouvernement n’est point intéressé ; il est chef et du militaire et des finances, et de la police et de la justice criminelle ; il a pouvoir de vie et de mort ; il peut faire à son gré la paix et la guerre : en un mot, son autorité n’a pas d’autres limites que les forces dont il dispose. Le principal objet de sa mission est de faire payer le tribut, c’est-à-dire de faire passer le revenu au grand propriétaire, à ce maître qui a conquis et qui possède la terre par le droit de son épouvantable lance. Quel que soit le moyen qu’il emploie pour arriver au but de sa mission, on ne lui en demande jamais compte ; on ne regarde que le résultat, c’est-à-dire le paiement. L’emploi de pacha étant vendu, le vizir les change de place aussi souvent qu’il peut, afin d’avoir des occasions de renouveler les ventes [189].