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    Traité de Législation: VOL II

    Des relations qui existent chez les peuples d’espèce malaie du grand Océan, entre la classe aristocr

    Charles Comte

    CHAP. 21: > Des relations qui existent chez les peuples d’espèce malaie du grand Océan, entre la classe aristocratique et les autres classes de la population. — Des mœurs qui résultent de ces rapports.

    Les rapports qui ont lieu entre les membres de l’aristocratie et leurs inférieurs, sont aussi durs que peut le faire supposer leur état social. Les grands, armés de bâtons ou de massues, accompagnent de coups tout ordre qui n’est pas sur le champ exécuté. Quelquefois ils assomment sur la place l’individu qu’ils frappent, s’il appartient à la classe inférieure [584]. S’ils veulent écarter la foule, ils la dissipent à grands coups de pierres, ou en agitant violemment leurs massues. Si c’est sur un navire que la multitude se trouve, elle n’a pas d’autre moyen d’échapper aux coups que de se précipiter dans la mer [585]. Quelquefois cependant les grands s’abstiennent de traiter avec dureté ou insolence les hommes des derniers rangs qui ne peuvent entrer en comparaison avec eux ; mais ce n’est que pour faire sentir d’une manière plus dure leur supériorité à ceux qui, étant nés comme eux dans les rangs privilégiés, se trouvent cependant un peu moins élevés. L’esprit aristocratique se montre à l’égard de ceux-ci avec toute la violence naturelle à des hommes à qui l’éducation n’a pas appris à dissimuler leurs sentiments [586]. Le chef général se conduit, à l’égard de ses subordonnés, comme ceux-ci à l’égard de ses inférieurs : si, placé dans sa grande pirogue, il rencontre sur sa route des embarcations qui ne peuvent pas l’éviter, parce que le respect oblige les hommes qui les conduisent à se tenir couchés en sa présence, il passe sur eux et les submerge, sans faire même attention qu’ils se trouvent sur son passage [587]. Les grands, dans le cas où ils jugent coupable un individu qui est leur sujet, ne dédaignent pas de faire l’office de bourreau [588].

    Les propriétés des individus qui n’appartiennent pas aux ordres privilégiés, ne sont pas plus respectées que leurs personnes. On a vu que, pour enlever à une famille sa maison, il suffit au chef général d’y mettre le pied, et que pour interdire à la population l’usage de tels ou tels aliments, il suffit de les déclarer tabou. Si un individu des rangs inférieurs possède un objet qui convienne à un chef, celui-ci lui commande de le lui donner ; et, s’il n’est pas obéi, il le frappe de sa massue, jusqu’à ce que la résistance cesse [589]. Les fils du roi prennent les choses qui leur conviennent partout où ils les trouvent ; le roi lui-même, s’il rencontre des hommes venant de la pêche, leur enlève leur poisson sans aucune nécessité. Lorsqu’il sonne d’une conque qui produit un son très éclatant, tous ses sujets sont obligés de lui apporter des comestibles de tous les genres. Les personnes des rangs inférieurs ne possèdent, en un mot, que ce qu’il plaît aux chefs de leur laisser [590].

    Un peuple qui a fondé son existence sur les terres et sur le travail d’une population conquise, ne reconnaît pour être à autrui que ce qu’il n’a pas la force ou l’adresse de ravir. La force et la ruse sont chez lui les seules mesures du juste et de l’injuste ; dès l’instant qu’il peut traiter des hommes libres comme ceux dont il a la possession, il ne met entre les uns et les autres aucune différence, parce qu’en effet toute différence disparaît. Cependant, quelque vigilants que soient des maîtres, ils ne peuvent pas empêcher que la population asservie ne détourne à son profit une part des biens qui lui sont ravis, ou qu’elle ne cherche à se rendre libre, à moins qu’ils n’établissent chez elle un certain genre de devoirs. C’est, en effet, le parti qu’ont pris les peuples malais du grand Océan : ils ont établi qu’il n’y a de sacré que ce qui est tabou ,** c’est-à-dire ce que la religion a défendu de toucher ; et comme les prêtres appartiennent à leur caste et qu’ils sont maîtres de la religion, il n’y a de tabou que leurs personnes et leurs propriétés. Il résulte de là que les grands ne sont tenus à rien envers les personnes qui ont moins de puissance qu’eux, tandis que la population asservie est, au contraire, assujettie à des devoirs nombreux à leur égard.

    Les individus qui appartiennent aux classes privilégiées, les grands possesseurs des terres, les militaires et les prêtres, ayant établi qu’il n’y a de mal que ce qui est tabou ,** c’est-à-dire ce qu’ils ont eux-mêmes prohibé, le vol qui tend à les enrichir n’est ni criminel, ni même honteux. Il ne faut donc pas être surpris si les navigateurs qui ont fréquenté ces îles, en ont considéré les habitants, presque sans exception, comme les voleurs les plus adroits et les plus impudents [591] ; les vols ont presque toujours été commis à l’instigation et au profit des grands. Les habitants des îles Sandwich qui n’avaient rien enlevé dans les vaisseaux de Cook, tant que les chefs avaient été absents, commirent plusieurs vols aussitôt que ceux-ci furent arrivés.

    « Nous attribuâmes ce changement de conduite, dit le rédacteur du voyage, à la présence et à l’encouragement des chefs ; car, en général, nous trouvâmes dans les mains des grands personnages de l’île, les choses qu’on nous avait dérobées, et nous eûmes bien des raisons de croire que les larcins avaient été commis à leur instigation. » [592]

    Les vols commis dans les îles des Amis sur des navires français, ont également été faits au profit des chefs, même lorsque ce sont des hommes des derniers rangs qui s’en sont rendus coupables [593].