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    Traité de Législation: VOL II

    Des relations qui existent entre les deux sexes chez les peuples d’espèce malaie du grand Océan. — D

    Charles Comte

    CHAP. 20: > Des relations qui existent entre les deux sexes chez les peuples d’espèce malaie du grand Océan. — Des relations entre les parents et leurs enfants.

    Ayant exposé quelle est l’organisation sociale des peuples d’espèce malaie dans les archipels du grand Océan, il sera facile de comprendre quelles sont leurs mœurs. Les femmes de tous les rangs n’existent, comme les individus des classes inférieures, que pour les plaisirs des hommes de la classe aristocratique. Dès leur enfance, et avant qu’elles soient capables d’éprouver aucune affection, elles sont dressées de manière à leur procurer le seul genre de jouissances qu’ils sont susceptibles d’éprouver [572]. Jamais elles ne peuvent se soustraire à l’empire de la force : filles, elles appartiennent à leurs pères, qui les prêtent, les donnent, ou les vendent, comme il leur plaît ; femmes, elles appartiennent à leurs maris, qui en disposent de la même manière [573]. Si elles résistent à la prostitution, ce sont les parents ou les maris qui emploient la violence à les contraindre [574]. La naissance, le rang et le pouvoir étant les seuls titres à l’estime, la chasteté, la décence, la pudeur, ne sont point considérées comme des vertus, Ainsi, les femmes nées dans les rangs inférieurs ne peuvent jamais acquérir des titres à la considération ; les femmes nées dans les rangs élevés ne peuvent jamais encourir le mépris ; ce qui est essentiel à l’existence et à la durée d’un ordre aristocratique. Les grands remplacent d’ailleurs la chasteté par la cérémonie religieuse du tabou, qui met leurs femmes à l’abri des plébéiens, sans mettre les filles ou les femmes de ceux-ci à l’abri de leurs propres entreprises.

    Les femmes n’étant point libres, les grands en possèdent ordinairement plusieurs ; un seul individu en possède quelquefois jusqu’à neuf. Il ne paraît pas que le nombre de celles que peuvent avoir les chefs, soit limité. Les hommes des rangs inférieurs n’en peuvent avoir qu’une [575]. Les femmes n’oseraient se permettre, ni de prendre leurs repas à la même table que leurs maris, ni de faire usage des mêmes aliments. Elles mangent dans un lieu écarté, et se nourrissent des choses réservées aux personnes des basses classes : la viande et les poissons les plus délicats leur sont interdits [576]. Elles doivent obéir à leurs maris dans tout ce qu’ils leur ordonnent, même lorsqu’ils leur commandent de se livrer à la prostitution ; mais les infidélités qu’elles se permettraient sans leur aveu seraient lavées dans leur sang [577]. Elles portent le deuil de leurs maris ; mais leurs maris ne portent point le leur [578]. Enfin, outre les humiliations auxquelles elles sont soumises, en ce qui a rapport aux aliments et à la manière de les prendre, elles sont traitées avec une dureté, ou plutôt avec une brutalité qui semble exclure la plus légère affection : rien n’est plus ordinaire que de les voir impitoyablement battre par les hommes [579]. Élevées uniquement pour les jouissances les plus grossières qu’elles peuvent donner, elles deviennent des objets de dégoût aussitôt que l’âge commence à flétrir leurs charmes. Les femmes qui n’appartiennent point aux hautes classes, sont plus maltraitées encore que celles des rangs supérieurs. C’est parmi les premières que sont prises celles qui sont offertes aux équipages des vaisseaux européens [580]. Les grands les prostituent pour s’emparer ensuite du prix de la prostitution [581].

    Des femmes traitées d’une manière si brutale ne sauraient conserver longtemps leur fraîcheur. Aussi, quoique dans leurs premières années elles soient grandes, sveltes, et qu’elles aient de la grâce, elles perdent, avant la fin de leur printemps, dit La Pérouse, cette douceur d’expression, ces formes élégantes, dont la nature n’a pas brisé l’empreinte chez ces peuples barbares, mais qu’elle paraît ne leur avoir laissée qu’un instant et à regret. [582]

    Cependant, les femmes sont moins méprisées chez ces insulaires, et leur sort est moins misérable chez les peuples d’espèce cuivrée du nord de l’Amérique. Elles n’ont pas à se livrer aux mêmes travaux ; elles ne sont pas exposées aux mêmes dangers et aux mêmes fatigues. Les vieillards et les enfants sont également moins misérables : ils n’ont à craindre ni l’abandon, ni les rigueurs des climats.

    Les relations qui existent entre les parents et leurs enfants, sont analogues à celles qui existent entre les maris et les femmes. On a vu précédemment que les pères traitent leurs filles comme une marchandise, qu’ils les donnent, les vendent, selon que cela leur convient. On a vu aussi que c’est un devoir pour tous les fils cadets de l’aristocratie, engagés dans l’association militaire, de faire périr tous leurs enfants quel que soit le sexe auquel ils appartiennent. Les possesseurs des terres conservent, sans doute, la plupart des leurs : mais comme, chez ces peuples, la propriété mobilière est nulle, et comme les immeubles passent de plein droit au premier-né, un homme ne peut rien pour ses enfants ; ils ne lui doivent par conséquent aucune reconnaissance. Cependant, en tout ce qui ne touche point à la distribution des biens, la puissance paternelle n’a point de bornes : quel que soit l’usage qu’un homme en fasse, les chefs ne tentent point de la limiter [583].