Comma for either/or — dharma, courage. Spelling forgiving — corage finds courage.

    Cover for Traité de Législation: VOL II

    Traité de Législation: VOL II

    Des rapports observés entre les moyens d’existence et l’état social des peuples d’espèce malaie du g

    Charles Comte

    CHAP. 19: > Des rapports observés entre les moyens d’existence et l’état social des peuples d’espèce malaie du grand Océan. — Du genre d’inégalités qui existent chez ces peuples.

    Les îles du grand Océan, en exceptant celles qui sont les plus rapprochées de l’Asie et qui se rattachent à ce continent, sont partagées entre des peuples de deux espèces : entre des peuples classés sous le nom d’espèce malaie, et des peuples classés sous le nom d’espèce nègre ou éthiopienne. Ces deux espèces d’hommes différant les unes des autres par leur constitution physique, par le degré de développement intellectuel auquel ils sont parvenus, par leurs mœurs et par leur langage, il importe de ne pas les confondre. Quant aux peuples qui habitent les îles situées près du continent asiatique, et qui sont classés sous le nom d’espèce mongole, je ferai connaître leurs mœurs et leur état social, lorsque je parlerai des peuples de cette espèce qui habitent l’Asie.

    En décrivant l’état social des peuples d’espèce malaie, je suivrai l’ordre que j’ai observé dans l’exposition des mœurs des peuples d’espèce cuivrée : je ferai connaître d’abord la constitution générale de chaque association ; je considérerai ensuite, chez chaque peuple, les individus dans les relations qu’ils ont les uns avec les autres comme membres d’une famille, comme époux ou comme parents ; je les considérerai, en second lieu, dans les relations que les uns ont avec les autres comme chefs et comme subordonnés, comme domestiques et comme maîtres, comme gouvernants et comme gouvernés ; je les considérerai, en troisième lieu, en corps de nation, et dans les rapports que les peuples ont les uns avec les autres, comme alliés ou comme ennemis ; enfin, je les considérerai par les vertus ou par les vices qui n’ont aucun rapport spécial avec quelqu’une des précédentes qualifications, ou par les habitudes dont les effets principaux sont ressentis par l’individu lui-même, et qui n’affectent pas les autres d’une manière immédiate.

    Nous avons vu précédemment que les peuples d’espèce malaie qui occupent les îles du grand Océan situées entre les tropiques, en les comparant en corps de nation, diffèrent peu entre eux dans leur organisation physique, dans leur langage et dans le développement de leurs facultés intellectuelles ; nous allons voir qu’ils diffèrent également de fort peu dans la constitution de leurs sociétés, dans leurs mœurs publiques et privées, et dans les relations qu’ils ont les uns avec les autres.

    Tous les peuples d’espèce malaie qui sont placés entre les tropiques, ou qui en sont à peu de distance, vivent des produits de l’agriculture ; chez eux, la terre est partagée en propriétés privées depuis une époque qui nous est inconnue ; les champs sont clos et bien cultivés ; le pays est généralement traversé de routes bien entretenues ; la navigation a déjà fait quelques progrès, et la pêche, quoique abondante, n’est cependant considérée que comme un supplément à leurs moyens d’existence. Ces diverses circonstances suffisent pour nous faire juger que, chez ces peuples, les liens sociaux doivent être plus forts que ceux qui existent chez les peuples cuivrés placés sous le climat le plus froid de l’Amérique.

    Des voyageurs ont observé, dans les archipels du grand Océan et chez les mêmes peuples, des individus qui différaient tellement les uns des autres par leur constitution physique, qu’ils ont cru qu’ils appartenaient à deux races particulières [521]. Les différences physiques qu’ils ont observées, ne sont peut-être pas suffisantes pour nous faire admettre comme un fait constaté, l’existence sur le même sol de deux espèces d’hommes ; mais, en admettant que toutes les classes qu’ils ont observées, sont de même espèce, toutes ne paraissent pas également anciennes dans le pays. Là, comme dans tous les États de l’Europe avant la destruction du régime féodal, il existe deux peuples sur chaque terre : celui qui en fut le premier possesseur, qui la défricha, et qui la cultive encore ; et celui qui, arrivé plus tard, s’empara du sol et des cultivateurs, et qui vit au moyen de ce qu’ils produisent. Lorsqu’une armée de barbares s’empare d’un territoire précédemment occupé, le moyen d’exploitation le plus simple qui se présente, c’est de considérer les cultivateurs comme des bêtes, et de les attacher à la culture. Si, pour la conservation de la conquête, l’armée reste organisée, si les individus dont elle se compose restent subordonnés les uns aux autres, il s’établit une espèce d’ordre qu’on a désigné sous le nom de régime féodal ; ordre dans lequel les individus des classes conquises sont mis au rang des choses, et où les autres sont considérés en raison de l’élévation de leur grade et de l’étendue de leurs possessions.

    Tel est l’état social des peuples d’espèce malaie, qui occupent presque toutes les îles du grand Océan. Dans les îles des Amis, dont quelques-unes sont fort considérables, et dont le nombre excède** cent cinquante, il existe un chef suprême, et ce chef est le général de l’armée [522]. L’île principale, dans laquelle il réside, est divisée en quarante-trois districts, chacun desquels est soumis à un chef particulier [523]. Toutes les autres îles ont également des chefs qui sont subordonnés les uns aux autres, et dont les plus élevés en grade sont les subordonnés immédiats du chef général ; par l’effet de cette subordination, les rangs sont aussi multipliés dans ces îles qu’ils le sont en Angleterre.

    Ces chefs sont possesseurs de toutes les terres [524] ; ils possèdent aussi les cultivateurs, et même tous les individus qui appartiennent aux classes laborieuses, puisqu’ils exercent sur eux le pouvoir de vie et de mort [525]. Si le pays est menacé, chaque chef de district fournit un certain nombre de soldats qu’il commande lui-même, et l’armée entière est commandée par le chef général [526]. L’autorité de ce chef ou roi est héréditaire dans sa famille, quoiqu’elle passe ordinairement à ses frères avant que d’arriver à ses enfants [527]. Elle ne rend pas inviolable celui qui la possède ; car, s’il se rend coupable envers les chefs, ils peuvent le déposer ou même le faire mettre à mort. L’individu qui jouit du privilège d’exécuter la sentence, peut en même temps être revêtu du commandement général de l’armée [528].

    Les chefs ne jouissent pas d’un pouvoir absolu sur ceux qui leur sont subordonnés ; celui de chaque district délibère sur les affaires locales avec les officiers inférieurs [529] ; le chef suprême délibère sur les affaires générales avec les principaux officiers ; c’est à la majorité que les délibérations sont prises [530]. L’autorité de tous les officiers est héréditaire, comme celle du chef général ; elle est transmise avec les terres qui en dépendent, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture [531].

    Le rang que chaque individu occupe dans l’État est marqué par les signes qu’il porte, par les dénominations qu’on lui donne, ou par les honneurs qu’on lui rend. Le respect que témoignent au chef principal les personnages même les plus considérables, est extrême ; s’il se présente devant eux, ils se prosternent, lui prennent le pied et le posent sur leur cou ou sur leur tête [532] ; s’il s’absente, il laisse à sa place un des meubles qui sont à l’usage de sa personne sacrée, le vase dans lequel il lave ses mains, par exemple, et l’on paie à ce meuble le même respect qu’à lui-même [533] ; s’il est dépouillé de son autorité, il en conserve le titre et les signes ; car sa qualité est inhérente à sa personne et à une origine divine ; les membres de sa famille portent le même nom qu’ils donnent à leurs dieux [534].

    Les grands respectent la personne du roi, non à cause des qualités qu’il possède, mais parce que cette autorité est de même nature que la leur : par les hommages qu’ils lui rendent, ils font voir les hommages qui leur sont dus. Cook ayant eu à remercier un de ces rois des présents qu’il avait reçus de lui, espérait voir un jeune homme vigoureux, d’une figure spirituelle et d’un courage entreprenant.

    « Nous trouvâmes, dit-il, un vieillard faible et décrépit, que les ans avaient presque rendu aveugle, et si indolent et si stupide, qu’il paraissait à peine avoir assez d’intelligence pour entrevoir que ses cochons et ses femmes nous avaient fait plaisir [535]. »

    Les avantages qui résultent pour le roi de la possession de l’autorité, avantages qu’il partage avec les principaux chefs, sont, outre les plaisirs du commandement, de consommer dans chaque repas une incroyable quantité d’aliments [536], de posséder plusieurs femmes [537], et d’en avoir quelques-unes qui le préservent de l’incommodité des mouches avec un éventail, ou qui le frappent doucement sur les cuisses quand il veut dormir [538].

    Les membres de la famille du chef général prennent le même titre que les dieux, ainsi qu’on l’a vu précédemment ; les autres chefs, outre le titre de seigneurs de la terre, prennent le titre de seigneurs du soleil et du firmament [539]. Chacun d’eux a une cour nombreuse, composée des cadets de famille qui tiennent un rang égal au sien ; c’est par ces cadets qu’il fait faire ses messages, ou remplir d’autres offices de sa maison [540]. Chacun d’eux a aussi une livrée particulière pour ses valets ; cette livrée consiste dans la manière de se couvrir, et varie selon les rangs ; les valets des nobles de dernière classe ne peuvent se couvrir que les reins [541]. Les grands se distinguent de plus par la nature du bois avec lequel ils s’éclairent pendant la nuit ; car les gens de la classe du peuple ne peuvent faire usage du même bois qu’emploient les seigneurs du soleil et du firmament [542]. Un homme d’un rang inférieur, qui approche d’un grand, se découvre toute la partie supérieure du corps en signe de respect [543]. Si un grand meurt, ses inférieurs donnent les mêmes marques de douleur que s’ils avaient perdu leurs amis les plus intimes, les parents les plus chers ; ils se meurtrissent le corps, ils se déchirent le visage, jusqu’à ce que le sang en sorte à gros bouillons [544]. Quelques-uns d’entre eux sont égorgés sur sa tombe [545] ; le nombre des victimes qu’on immole en pareille occasion s’élève dans quelques îles jusqu’à dix, si le chef auquel on les immole appartient à un rang distingué [546]. C’est le grand prêtre qui choisit les victimes, après avoir consulté en secret la divinité, mais il ne peut pas les choisir parmi les nobles [547]. Le prêtre chargé du sacrifice arrache l’œil gauche de la victime, le présente au roi, en lui commandant d’ouvrir la bouche, et le retire sans l’y avoir enfoncé. On appelle cette cérémonie manger l’homme , ou le régal du chef. Elle semble avoir pour objet de constater l’antique droit des vainqueurs de manger les vaincus [548]. Les privilèges des grands ne sont pas bornés dans cette vie ; ils jouissent, dans un autre monde, de tous les plaisirs qu’ils ont goûtés dans celui-ci, et leurs âmes sont immortelles. Les âmes des gens du peuple, aussitôt qu’elles se séparent des corps, sont mangées par leur dieu ou par un oiseau qui voltige autour des cimetières, et qu’ils nomment loata [549]. Dans ces îles les croyances religieuses sont formées dans la vue de perpétuer le pouvoir de l’aristocratie, l’avilissement et la servitude du peuple [550].

    Les grands sont chargés du maintien de la police, et ils exercent sur les hommes des rangs inférieurs un pouvoir sans bornes. Les choses ou les actions qu’ils défendent sont dites tabou [551], et leurs défenses sont toujours sanctionnées par la religion. Si un individu exécute une action ou touche à une chose qui est tabou, il est assommé à coups de massue [552]. Les femmes des grands sont tabou pour tous les hommes d’un rang inférieur : on tue en conséquence ceux de ces derniers qui sont surpris avec une d’elles [553]. Les filles même des grands ne peuvent pas s’allier aux classes inférieures ; les enfants qui naissent de ces alliances sont mis à mort. Le père est également mis à mort, si la femme appartient à la famille du chef principal. Mais les femmes des rangs inférieurs ne sont pas tabou pour les grands : les enfants qui naissent de leurs liaisons avec elles, entrent, au contraire, dans les castes privilégiées et peuvent succéder à leurs pères [554], à moins que ceux-ci ne jugent à propos de les mettre à mort [555].

    Les grands, qui veillent à ce que les hommes des rangs inférieurs cultivent la portion de terre qui leur est assignée, désignent, par le tabou, quelles sont les choses qu’il est permis au peuple de manger, et quelles sont celles qu’il doit s’interdire ; s’ils jugent à propos de multiplier le nombre des cochons ou des volailles, ils les déclarent tabou , et alors personne ne peut ni les manger ni les vendre ; si le chef principal entre dans une maison, cette maison est tabou, et le propriétaire ne peut plus l’habiter [556].

    Cette aristocratie se perpétue, ainsi qu’on l’a déjà vu, par la transmission qui s’opère, en faveur du premier enfant mâle, du pouvoir et des propriétés qui ont appartenu au père. Mais que deviennent les autres enfants ? Les filles ne peuvent s’allier à des hommes des rangs inférieurs, puisque les enfants qui naîtraient de ces alliances seraient mis à mort. Les garçons doivent être peu disposés à faire de telles alliances, quoiqu’elles ne leur soient pas interdites, puisque ces femmes ne possèdent point de terres et ne peuvent par conséquent leur donner des moyens d’existence. Enfin, les classes non privilégiées n’ayant pas d’autre industrie que de cultiver la terre des grands et de travailler à leur profit, il n’est pas possible de lever sur elles des impôts assez considérables ou de créer des emplois inutiles assez lucratifs pour enrichir les familles des cadets. Ces inconvénients sont évités par la création d’une corporation de célibataires, que les voyageurs désignent sous le nom d’Arreoys ou Erreoe ,** et à laquelle sont agrégés les enfants cadets des classes privilégiées, hommes et femmes ; le métier des hommes est de faire la guerre ; leurs moyens d’existence sont les produits des travaux des classes laborieuses [557].

    Dans cette association, les deux sexes vivent en commun, et il est rare qu’un même homme et une même femme restent ensemble plus de deux ou trois jours. Une des premières lois de la corporation est de ne point conserver d’enfants : si donc une femme devient enceinte, l’enfant est mis à mort dès sa naissance ; on l’étouffe en lui appliquant un morceau d’étoffe mouillé sous le nez et sur la bouche. Une mère peut sauver cependant l’enfant qu’elle porte, si elle sent pour lui quelque mouvement de tendresse ; mais il faut pour cela qu’elle renonce à la société dont elle fait partie, et qu’elle trouve un homme qui consente à servir de père à son enfant. Les individus qui appartiennent à cette société jouissent de plusieurs privilèges et d’une grande considération ; n’avoir point d’enfants vivants est pour eux un sujet d’orgueil [558].

    Il est une autre condition nécessaire au maintien et à la durée des classes aristocratiques : c’est que l’estime et la considération soient exclusivement attachées aux qualités qui constituent seules l’aristocratie, c’est-à-dire à la naissance, et à l’hérédité des terres et du pouvoir. La considération qui serait accordée au mérite personnel, à des vertus ou à des talents, serait une atteinte au principe constitutif d’un tel ordre social ; puisqu’elle donnerait aux hommes des classes inférieures le moyen de sortir de leur abaissement et de se mettre au niveau des classes privilégiées. Aussi ces insulaires voient-ils avec un souverain mépris toute personne de leur nation qui n’est pas née dans les rangs supérieurs, quelles que soient d’ailleurs ses richesses et ses qualités personnelles.

    « Il paraît, dit Cook en parlant d’un habitant de Tahiti qui était revenu dans cette île longtemps après en être sorti, il paraît qu’il connaissait mal le caractère des habitants des îles de la Société, et qu’il avait perdu de vue, à bien des égards, leurs coutumes ; autrement il aurait senti qu’il lui serait d’une difficulté extrême de parvenir à un rang distingué dans un pays où le mérite personnel n’a peut-être jamais fait sortir un individu d’une classe inférieure pour le porter à une classe plus relevée. Les distinctions et le pouvoir qui en est la suite semblent être fondés ici sur le rang ; les insulaires sont soumis à ce préjugé d’une manière si opiniâtre et si aveugle, qu’un homme qui n’a pas reçu le jour dans les familles privilégiées sera sûrement méprisé et haï s’il veut s’arroger une sorte d’empire. Les compatriotes d’Omaï (que Cook avait ramené dans son île et enrichi) n’osèrent pas trop montrer leur disposition pour lui, tant que nous fûmes parmi eux ; nous jugeâmes toutefois qu’il leur inspirait un sentiment de haine et de mépris [559]. »

    Les individus qui n’appartiennent pas à la classe aristocratique, sont distingués par une marque piquetée qui annonce leur infériorité [560]. Ils cultivent la terre, vont à la pêche, font le service intérieur de la maison des grands, et préparent leurs aliments [561]. Mais, quoique ce soit eux qui, par leurs travaux, produisent toutes les subsistances, ils n’en ont qu’une faible partie ; la viande et le poisson sont réservés pour la classe des grands ; les fruits, les légumes et les rats sont les aliments réservés au peuple. Les hommes même qui se livrent à la pêche, n’en consomment pas le produit ; s’ils veulent goûter du poisson, il faut qu’ils le mangent cru, au moment où ils viennent de le prendre [562]. Enfin, ces hommes n’ont pas même de maisons sous lesquelles ils puissent trouver un abri. Si le temps est beau, ils dorment au grand air comme les animaux ; s’il est mauvais, ils cherchent un refuge sous les bords des habitations des grands [563]. Ils sont couverts de vermine dont ils se débarrassent en la mangeant [564]. Leur genre de vie et surtout les aliments dont ils se nourrissent, les affectent de telle manière qu’ils sont presque tous infectés d’une espèce de gale ou de maladie cutanée [565].

    L’aristocratie, dans son organisation, se propose deux objets : l’un de maintenir dans l’assujettissement les hommes obligés de cultiver le sol à son profit ; l’autre de défendre ses possessions contre des invasions étrangères, ou d’envahir les terres qui sont à sa convenance. S’il se manifeste quelque trouble parmi les hommes asservis, les maîtres terminent eux-mêmes la querelle ; mais si c’est parmi les grands qu’un différend s’élève, il n’y a point de juges communs, et c’est la force qui décide. Chacun de son côté arme ses vassaux, implore ses amis, et les plus forts s’emparent des terres et des cultivateurs possédés par les vaincus. Le seul cas où l’on ait recours à un procédé judiciaire, est celui où le chef principal est accusé d’avoir blessé les intérêts de ses grands vassaux. De l’absence de toute justice entre les grands naissent les vices que nous avons vus se développer chez les peuples cuivrés du nord de l’Amérique : la dissimulation, la perfidie, la vengeance, la cruauté [566]. On verra comment ces passions se manifestent dans les relations que les peuplades ont les unes avec les autres.

    Tel est l’ordre social établi dans tous les archipels du grand Océan situés entre les tropiques. Cet ordre n’a pas été observé dans toutes les îles avec le même soin qu’il l’a été dans celles de la Société et dans celles des Amis ; mais les parties qu’on a reconnues dans le plus grand nombre, correspondent exactement à ce qu’on a observé dans les principales. Dans les îles Sandwich, la population est divisée de la même manière que dans celles des Amis [567]. Dans les unes comme dans les autres on immole des gens du peuple sur la tombe des hommes qui appartiennent à la classe aristocratique. La principale différence qu’on observe entre elles, est que, dans les îles Sandwich, le nombre des victimes est plus considérable qu’il ne l’est dans les autres [568]. Les voyageurs français et anglais qui ont observé les habitants des îles Marquises, n’ont point parlé de leur organisation sociale ; mais les voyageurs américains ont trouvé chez eux le régime féodal dans toute sa puissance [569].

    Il existe cependant quelques différences entre les peuples de ces archipels. Les individus qui appartiennent à la classe asservie semblent moins nombreux dans les uns que dans les autres ; mais il se peut que ces différences soient plus apparentes que réelles. Les chefs supérieurs, qui, dans toutes les îles, sont les hommes les plus grands et les mieux constitués, environnent ordinairement le chef général ou le roi [570]. Les navigateurs qui ont abordé dans les îles principales, ont dû trouver par conséquent un plus grand nombre d’hommes forts et bien constitués, que les navigateurs qui ont abordé dans d’autres îles [571].