Comma for either/or — dharma, courage. Spelling forgiving — corage finds courage.

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    Traité de Législation: VOL II

    Des relations qui existent entre les diverses peuplades d’espèce cuivrée, du nord de l’Amérique. — D

    Charles Comte

    CHAP. 16: > Des relations qui existent entre les diverses peuplades d’espèce cuivrée, du nord de l’Amérique. — Des causes des guerres quelles se font. — De l’esprit qu’elles y portent.

    S’il existe si peu d’harmonie et si peu de bienveillance, dans les relations d’individu à individu, il en existe bien moins encore dans les relations qui ont lieu de horde à horde. Chez les peuplades qui vivent principalement au moyen de la chasse ou de la pêche, la propriété privée est peu de chose : elle se réduit en quelque sorte aux armes et aux instruments que chacun possède. Mais la propriété publique ou commune, celle qui fournit des aliments à la population entière, est très étendue. Elle comprend tout le territoire dans l’étendue duquel on se livre à la chasse, elle comprend de plus, les rivières, les fleuves, les lacs, les golfes qui fournissent du poisson pour l’existence de chaque jour. Les limites du territoire ou des possessions d’une horde de sauvages, ne sont guère moins précises que celles du territoire d’une nation civilisée, et elles ne sont pas gardées avec moins de jalousie [448]. Une peuplade qui pénètre dans le territoire d’une autre pour y chercher des moyens d’existence, s’expose infailliblement à la guerre, si elle est surprise ; et cette guerre se fait avec d’autant plus de fureur, que des deux côtés ce sont des hommes affamés qui combattent pour leur subsistance. Cependant il est difficile que des individus dans la disette ou la famine, qui voient passer sur un territoire qui n’est point à eux la proie qu’ils ont longtemps poursuivie, s’arrêtent tout à coup, par respect pour la propriété d’autrui. C’est un effort de courage ou de vertu dont sont rarement capables même des hommes qui sont moins barbares et surtout moins affamés.

    L’usage dans lequel sont ces peuples de considérer l’offense faite à un individu comme une offense faite à la horde entière, et celui de se venger d’une injure qu’on a reçue, sur tout individu qui appartient à la famille ou à la peuplade de l’offenseur, sont des sources de guerre non moins fécondes. Il dépend ainsi de chacun de mettre sa nation en guerre avec telle autre qu’il lui plaît de provoquer ; et les antipathies individuelles se changent toujours en antipathies nationales [449]. Aussi, toutes les peuplades qui habitent au nord et au nord-ouest de l’Amérique sont-elles dans un état d’hostilité continuel les unes contre les autres ; moins elles sont civilisées, et plus la guerre qu’elles se font est cruelle et destructive [450]. Dans leurs victoires elles ne font grâce, ni à l’âge, ni au sexe : les vieillards, les femmes, les enfants, tout est massacré. S’il leur arrive de faire des prisonniers, c’est pour les réserver à une mort plus lente et plus douloureuse [451]. La distance à laquelle on se trouve d’un ennemi, les difficultés qu’il a à franchir, les dangers auxquels il doit s’exposer, ne sont pas des garanties contre ses attaques. Une troupe de sauvages parcourt, à travers les forêts, un espace de cinq cents lieues ; elle franchit les montagnes, s’avance à travers les glaces et les neiges, s’expose à périr de famine, pour aller surprendre et massacrer une tribu de laquelle elle croit avoir reçu quelque injure [452]. L’esprit de vengeance qui les anime ne s’apaise que par la destruction complète de la nation qu’ils considèrent comme ennemie. C’est à la violence de cette passion, qu’il faut surtout attribuer l’extinction d’une multitude de peuplades qui existaient il n’y a pas encore deux siècles dans le nord de l’Amérique, et dont on ne trouve aujourd’hui plus de restes [453].

    L’esprit dans lequel ces peuples se font la guerre se manifeste par l’éducation qu’ils donnent à leurs enfants, et par la manière dont ils se préparent à leurs expéditions. Des enfants qui se livrent à des actes de violence, ne sont jamais réprimés même quand les auteurs de leurs jours en sont les victimes ; car on craindrait de diminuer leur courage [454]. On les habitue dès leur bas âge à sucer le sang des prisonniers. « Je veux, disait à un missionnaire une mère qui élevait ainsi son fils, je veux que mes enfants soient guerriers ; il faut qu’ils soient nourris de la chair de leurs ennemis [455]. » Aussitôt que les enfants sont arrivés à l’âge de l’adolescence, on les exerce à tourmenter eux-mêmes les captifs faits à la guerre, et à prolonger leur supplice [456].

    Lorsqu’un guerrier a résolu d’entreprendre une expédition militaire, il va de village en village inviter les jeunes gens au festin ; ceux-ci se rendent dans sa cabane, en chantant : Je vais à la guerre, je vais venger la mort de mon parent ; je tuerai, je brûlerai, j’amènerai des esclaves, je mangerai des hommes. La proclamation de guerre de quelques-unes de ces peuplades est courte, mais énergique : Marchons, et mangeons ce peuple [457].

    Ne faisant jamais leurs attaques que par surprises et souvent au milieu de la nuit, ces hordes vivent toutes dans des alarmes continuelles. Aussi, lorsque l’exposition des lieux les favorise, elles placent leurs villages sur des montagnes escarpées, sur des rochers presque inaccessibles qu’elles fortifient avec soin. Si elles ne peuvent pas profiter de la position des lieux, elles s’environnent de fortifications artificielles ; elles placent leurs cabanes à de grandes distances les unes des autres, comme si chaque famille redoutait le voisinage de toutes celles dont la peuplade se compose. Mais ces précautions ne suffisent pas pour les mettre à l’abri ; et il n’est pas rare pour les voyageurs de rencontrer des villages détruits et déserts dans des lieux qui paraissaient inaccessibles aux attaques de l’ennemi. La fureur de détruire, qui a rendu célèbres des Romains trop vantés, est une passion qui n’est ni moins énergique, ni moins irrésistible chez une peuplade de sauvages qu’elle ne le fut chez les sénateurs de Rome [458].

    Cependant, quelle que soit la violence avec laquelle ces peuples se font la guerre, le besoin d’y mettre un terme, l’emporte souvent sur la haine qui les anime. Ils s’envoient alors des ambassadeurs, et les individus qui sont chargés de cette mission, ne sont pas moins respectés par l’ennemi, que ne le sont chez les peuples les plus civilisés tous les hommes placés en pareille circonstance. Les agents chargés de négocier la paix, portent, dans leurs relations, la même circonspection et la même finesse qu’on observe chez les diplomates européens. Peut-être même sont-ils plus habiles à persuader, par la raison que la faveur et l’intrigue ont moins d’influence dans leur élection. Les traités de paix deviennent des lois qui dirigent la conduite des parties contractantes, jusqu’à ce que quelque événement imprévu les oblige à les transgresser et à recommencer les hostilités.