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    Traité de Législation: VOL II

    Du développement physique acquis, en Amérique et dans les îles du grand Océan, sous différents degré

    Charles Comte

    CHAP. 7: > Du développement physique acquis, en Amérique et dans les îles du grand Océan, sous différents degrés de latitude, par des peuples d’espèces ou de variétés américaine, malaie et nègre.

    Suivant les raisonnements de Montesquieu, les hommes qui habitent des climats froids doivent avoir de grands corps, une machine saine, bien constituée, mais lourde. Cet écrivain ne dit pas positivement quel doit être le physique des peuples qui habitent des pays chauds ou tempérés ; mais il est aisé de voir, par l’ensemble de son système, que, dans cette partie comme dans les autres, l’effet de la chaleur doit être opposé à celui du froid. Montesquieu ne cite point de faits pour prouver la vérité de son système ; il se borne à une simple affirmation et à des raisonnements sur l’effet que produisent sur nos fibres la chaleur et l’absence de la chaleur. Il a pensé sans doute que les faits étaient à la portée de tout le monde, et qu’il n’avait qu’à les expliquer. Examinons donc si les faits sont tels qu’il les affirme, sans nous arrêter à ses explications.

    Comme, pour déterminer le sens des mots froid et chaleur ,** nous avons été obligés de prendre pour terme moyen la température à laquelle nous sommes habitués, nous sommes également obligés de prendre notre constitution physique comme étant le terme moyen du genre humain ; mais nous ne devons pas oublier qu’un des deux extrêmes nous considère comme une espèce de géants, tandis que l’autre ne voit en nous que des nains.

    Si le système de Montesquieu est fondé, nous devons trouver aux extrémités de la terre habitable, qui se rapprochent le plus des deux pôles, et sur les montagnes les plus élevées, les hommes les plus grands ; nous devons trouver les hommes les plus faibles et les plus petits sous l’équateur, entre les tropiques ou dans les lieux les moins élevés, et des hommes d’une taille moyenne dans les autres parties du monde. Avant que d’examiner si les faits sont d’accord avec ce système, il est bon d’observer que plus un peuple est près de l’état sauvage, et plus l’action du climat sur lui doit être marquée. Un seigneur russe qui jouit d’un immense revenu, peut trouver à Saint-Pétersbourg toutes les jouissances que le climat donne à un homme qui habite sur les rives de la Seine : il peut y jouir toute l’année de la même température, des mêmes aliments, des mêmes vêtements. Le climat est même plus rude pour un pauvre habitant d’un faubourg de Paris, que pour un ministre du gouvernement russe. Mais les sauvages habitants de la terre de Feu, du Groenland, des îles Aléoutiennes, de la Guyane ou du Congo, ne peuvent pas se soustraire ainsi à l’influence du froid ou de la chaleur ; pour eux, rien ne modifie l’influence du climat ; c’est donc sur eux et sur les peuples qui sont dans une position analogue, qu’on en peut le mieux observer les effets.

    Les Esquimaux qui habitent sur les bords de la rivière de Cuivre, près du soixante-dixième degré de latitude nord, sont généralement petits ; leur taille ordinaire est de quatre pieds, et la plupart sont même au-dessous ; ils présentent une assez grande surface, mais ils ne sont ni bien faits, ni forts [99]. Ceux qui habitent les îles de la Résolution, un peu au-delà du soixantième degré, sont d’une taille médiocre [100] ; des voyageurs n’ont même porté qu’à quatre pieds la taille des hommes qui habitent la baie d’Hudson [101]. Les indigènes du Canada, situés entre le quarante-cinquième et le cinquantième degrés, à peu près sous la même latitude que la France, mais dans un pays plus froid, ont généralement peu de corpulence [102] ; mais ils sont droits, bien faits et grands, particulièrement les Iroquois et les Hurons. Il existe cependant sous la même latitude plusieurs tribus qui sont d’une taille médiocre [103]. Les femmes, en général, sont petites et ont une complexion très délicate [104]. À mesure qu’elles avancent en âge, elles deviennent massives et grasses ; à trente ans, elles ont les yeux caves, le front sillonné, la peau lâche et ridée [105]. Les Illinois, plus rapprochés du midi, sont d’une taille au-dessus de la moyenne, et ont de l’embonpoint [106]. Enfin, les indigènes de la Louisiane, plus rapprochés encore du sud, et plus près du niveau de la mer, sont forts et robustes. Les hommes, les femmes et les enfants sont d’une vigueur extrême ; ils sont plus énergiques, plus infatigables que les Iroquois [107].

    La constitution physique de l’homme est donc plus forte dans la partie nord-est de l’Amérique, sous un climat tempéré, que sous un climat froid [108]. Nous observons le même phénomène dans la partie nord-ouest du même continent. Les Indiens qui habitent sur la rivière de Mackenzie, vers le soixante-dixième degré de latitude, sont maigres, petits, laids, mal faits, et paraissent très malsains ; ils ont les jambes grosses et couvertes de croûtes [109]. Ceux qui vivent dans la baie de Behring, à l’entrée du Prince Guilhaume, étant placés sous une latitude moins élevée, sont aussi moins faibles : plusieurs sont d’une taille ordinaire, mais un grand nombre sont au-dessous [110]. Ceux du Port des Français, sous le cinquante-huitième degré trente-sept minutes de latitude, sont d’une taille moyenne, mais la charpente de leurs corps est faible ; plusieurs ont les jambes enflées, et, suivant le témoignage de La Pérouse, le plus fort d’entre eux eût été culbuté par le plus faible de ses matelots [111]. Les habitants de Nootka, placés sous le quarante-neuvième degré trente-six minutes, sont un peu au-dessous de la taille moyenne ; mais ils ont le corps bien arrondi ; et leurs membres, quoique potelés, ne paraissent jamais acquérir trop d’embonpoint [112]. Enfin, les Indiens de Monterrey, sous le trente-sixième degré quarante et une minute de latitude, sont bien faits et robustes, et leurs ouvrages annoncent beaucoup d’adresse [113].

    La constitution physique de l’homme, étant plus forte sous les climats tempérés que sous les climats froids, dans le nord du continent américain, s’affaiblit-elle lorsqu’on avance sous les tropiques ? Plusieurs tribus, qui vivent entre le vingtième et le vingt-deuxième degré de latitude australe, excèdent de beaucoup les Européens par leur taille et leur force. La taille commune des Mbayas est de cinq pieds huit pouces ; celle des Lenguas est de cinq pieds neuf pouces : leurs formes et leurs proportions sont très belles. Beaucoup d’autres peuplades sont constituées dans les mêmes proportions [114]. Les Caribes, qui vivent presque sous l’équateur, entre le huitième et le dixième degré de latitude australe, sont d’une constitution encore plus forte. Ce sont, suivant M. Alexandre de Humboldt, des hommes d’une stature presque athlétique. Ils ont paru à ce voyageur plus élancés que les Indiens qu’il avait vus jusqu’alors ; leurs femmes sont également très grandes. Les forces et l’énergie de ces peuples sont proportionnées à leur stature. Lorsqu’ils sont excités par quelque motif, ils rament contre le courant le plus rapide, pendant quatorze ou quinze heures de suite, par une chaleur de trente degrés du thermomètre de Réaumur [115]. Les hommes qui vivent sur l’Amazone, sous l’équateur, ont la même force et la même énergie [116]. Les Indiens Tenateros, qui travaillent aux mines du Mexique, restent chargés continuellement, pendant cinq ou six heures, de deux cent vingt-cinq à trois cent cinquante livres, étant en même temps exposés à une température très élevée, et montant huit à dix fois de suite des escaliers de dix-huit cents gradins [117]. On ne peut, dit M. de Humboldt, se lasser d’admirer la force musculaire de ces Indiens, et des Métis de Guanaxato, surtout lorsqu’on se sent excédé de fatigue en sortant de la plus grande profondeur de la mine de Valenciana, sans avoir été chargé du poids le plus léger [118].

    Si du centre de l’Amérique on se transporte à l’extrémité australe de ce continent, sur la terre de Feu, entre les cinquante-deuxième et cinquante troisième degré de latitude, on y trouve un climat très rigoureux et une population toute différente. Ce sont des hommes petits, maigres et vilains [119] ; ayant une figure qui annonce la misère et la saleté la plus horribles ; des yeux petits et sans expression ; le nez répandant continuellement du mucus dans leur bouche entr’ouverte ; les épaules et l’estomac larges et osseux, et les autres parties du corps si minces et si grêles qu’en les voyant séparément, on ne pourrait pas croire qu’elles appartiennent aux mêmes individus [120]. Ce peuple vit sous la même latitude que le Danemark, du côté du pôle opposé, mais sous une température beaucoup plus froide.

    La première peuplade qu’on ait rencontrée sur le continent américain, en revenant du côté de l’ouest, du détroit de Magellan vers l’équateur, sont les Patagons, dont la taille a paru colossale aux voyageurs qui les ont vus les premiers. Le capitaine Byron, en comparant leur taille à la sienne a estimé qu’ils devaient avoir environ sept pieds anglais (environ six pieds six pouces de France) : ils sont formés dans des proportions très belles. Ce sont plutôt, dit ce voyageur, des géants que des hommes [121]. Deux individus de cette tribu, étant allés à Buenos-Aires, y ont été mesurés ; l’un avait six pieds sept pouces, l’autre six pieds cinq pouces. Azara, qui rapporte ce fait, estime que la taille commune est, chez cette peuplade, de six pieds trois pouces [122]. Bougainville, à qui ces hommes ont également paru avoir une taille extraordinaire, en a cependant trouvé d’autres, en s’avançant vers l’équateur, d’une constitution plus forte et d’une taille plus élevée [123].

    Cette peuplade, qui a été vue vers le quarante-cinquième degré de latitude australe, paraît être du nombre des nomades qui vivent au sud de Buenos-Aires. Presque tous les hommes étaient à cheval et couverts d’une peau de guanaque [124]. Azara croit que ce sont les mêmes que les Tchuelchus. D’autres tribus qui vivent entre le trente-sixième et le quarantième degré, presque sous la même latitude, se distinguent également par leur haute taille et par leurs forces musculaires. Toutes ces peuplades sont remarquables par leur énergie et par leur courage [125].

    Si l’on devait juger par ces faits de l’influence qu’exerce, en Amérique, le climat sur la constitution physique de l’homme, on penserait que cette influence est analogue à celle qui paraît être exercée sur le règne végétal. Sous l’équateur, on rencontre dans ces contrées une végétation vigoureuse ; elle s’affaiblit à mesure qu’on avance vers les deux pôles, et enfin on ne trouve plus que quelques sapins et quelques bouleaux rabougris. On pourrait, à l’aide de ces faits, fonder un système diamétralement opposé à celui de Montesquieu ; mais ce serait encore un système ; car on trouve, à côté des grands et vigoureux Caribes, quelques peuplades dont la taille est même au-dessous de la nôtre [126]. Tandis qu’à côté des peuples faibles qui vivent vers le pôle du Nord, on en trouve d’une force moyenne. Ces variations ont fait croire à plusieurs voyageurs que le froid et la chaleur sont sans influence sur la taille et la force des hommes [127].

    Les observations faites sur les peuples qui habitent les îles du grand Océan ne démentent pas moins le système de Montesquieu, que celles qui ont été faites sur le continent américain. Les hommes les plus grands et surtout les mieux constitués de cet Océan sont ceux qui habitent les îles Marquises de Mendoça, observés sous le dixième degré vingt-cinq minutes de latitude australe. Leur taille ordinaire est de cinq pieds huit pouces ; ils ont la poitrine et les épaules larges ; les cuisses pleines et musculeuses ; la voix forte et sonore. Leur beauté est telle que les sculpteurs pourraient les prendre pour modèles : on trouverait parmi eux, dit Fleurieu, des Hercule, des Antinoüs et des Ganimede. [128] Ces peuples surpassent tellement en beauté les peuples des autres archipels qu’on ne peut pas établir entre eux des comparaisons [129].

    Les habitants des îles des Navigateurs vivent entre le treizième et le quatorzième degré de latitude australe ; ils ne sont par conséquent éloignés que de quatre degrés de plus de l’équateur que les habitants des îles Marquises : ils ne diffèrent d’eux que de fort peu. Ce sont les plus grands et les mieux faits que La Pérouse ait rencontrés dans ses voyages ; leur taille ordinaire est de cinq pieds neuf, dix ou onze pouces ; mais ils sont moins remarquables par leur taille que par les proportions colossales des différentes parties de leur corps. Un très petit nombre sont au-dessous de cette taille ; quelques-uns n’ont que cinq pieds quatre pouces ; mais, dit le célèbre voyageur qui nous en a donné la description, ce sont les nains du pays ; et quoique leur taille semble se rapprocher de la nôtre, leurs bras forts et vigoureux, leurs poitrines larges, leurs jambes, leurs cuisses, sont encore dans une proportion très différente ; on peut assurer qu’ils sont aux Européens ce que les chevaux danois sont à ceux des différentes provinces de France [130]. La taille des femmes est proportionnée à celle des hommes, elles sont grandes, sveltes, et ont de la grâce ; quelques-unes sont très jolies [131]. Les descendants des Malais, ajoute La Pérouse, ont acquis dans ces îles une vigueur, une force, une taille et des proportions qu’ils ne tiennent pas de leurs pères, et qu’ils doivent sans doute à l’abondance des subsistances, à la douceur du climat, et à l’influence des différentes causes physiques qui ont agi constamment et pendant une longue suite de générations [132].

    En s’avançant de quatre ou cinq degrés vers le pôle austral, sous le dix-septième degré vingt-neuf minutes de latitude, on trouve les îles de la Société. Les habitants de ces îles sont éloignés de l’équateur de sept degrés seulement de plus que les habitants des îles Marquises. Quoique inférieurs à ceux-ci et même aux habitants des îles des Navigateurs, on trouve parmi eux de si beaux hommes, que, suivant Bougainville, ils pourraient servir de modèle pour peindre Hercule et Mars. On en voit, dit ce voyageur, dont la taille excède six pieds [133]. D’autres voyageurs les ont jugés d’une taille moins élevée [134]. La stature de quelques-uns, et particulièrement des chefs, est d’une force et d’une fermeté remarquables. La circonférence d’une des cuisses d’un d’eux, dit Cook, égalait presque celle du corps d’un de nos plus gros matelots mesuré à la ceinture [135]. Mais tous les hommes n’ont pas, dans ces îles, une stature également forte et élevée ; il en est un grand nombre dont la taille est médiocre et qui diffèrent tellement des autres par la couleur, les cheveux, les traits, et la force, que Bougainville a cru qu’ils appartenaient à une espèce différente [136].

    Les habitants des îles des Amis, un peu plus éloignés encore de l’équateur (sous le vingt-septième degré de latitude australe), excèdent rarement la taille ordinaire ; mais ils sont forts et bien constitués [137] ; ils ont de très belles formes, et leurs muscles sont très prononcés [138]. Ils sont cependant inférieurs aux habitants des îles des Navigateurs, ce qu’on a attribué à l’aridité du sol et à d’autres circonstances physiques du territoire et du climat [139]. Il existe aussi, dans ces îles, deux classes d’hommes qui diffèrent assez les uns des autres pour que des voyageurs aient pensé qu’ils n’appartenaient pas à la même race. Les individus qui appartiennent aux dernières classes, n’ont ni la taille, ni la constitution, ni la force de ceux qui appartiennent aux premières. Ils sont au-dessous de la taille moyenne, quelquefois même ils sont très petits ; ils ont le teint plus obscur, les traits plus grossiers, les cheveux crépus et durs comme du crin [140].

    Les îles Sandwich, placées à la même distance de l’équateur que les îles des Amis, mais du côté du nord, renferment des habitants de même taille, mais moins bien constitués. La taille commune, parmi eux, est d’environ cinq pieds trois pouces ; ils ont les muscles fortement prononcés, peu d’embonpoint, et les traits du visage grossiers. Les femmes sont petites et ont la taille mal prise ; elles sont grosses, lourdes et gauches ; elles ont les traits grossiers et l’air sombre [141]. Dans ces îles, comme dans quelques autres situées plus près de l’équateur, les chefs se distinguent cependant du reste de la population par une taille plus élevée et une constitution plus forte [142]. La population de ces îles semble plus sujette aux maladies de la peau [143]. Les habitants de l’île Charlotte situés à peu près sous la même latitude que ceux des îles Sandwich, mais de l’autre côté de l’équateur, sont également d’une taille moyenne ; mais les femmes y sont mieux faites [144].

    Les habitants de l’île de Pâques, placés sous le vingt-septième degré neuf minutes de latitude australe, et par conséquent plus éloignés de l’équateur que les habitants des îles des Amis d’environ sept degrés, sont de beaucoup inférieurs à eux. Leur taille ordinaire est d’environ cinq pieds quatre pouces ; on n’en voit aucun de cinq pieds six pouces (six pieds anglais), taille si commune dans les îles situées entre les tropiques. Le médecin qui accompagnait La Pérouse, les a jugés d’un embonpoint ordinaire, mais les voyageurs anglais, en les comparant aux hommes de même espèce placés dans les îles plus rapprochées de l’équateur, les ont trouvés d’une constitution faible, ayant le corps plus maigre, le visage plus mince qu’aucun des autres peuples de ces mers [145].

    Les habitants de la Nouvelle-Zélande, placés entre le trente-cinquième et le quarante-cinquième degré de la même latitude, et appartenant à la même espèce d’hommes, n’excèdent pas la stature ordinaire des Européens. En général, ils ne sont pas aussi bien faits, surtout des bras, des jambes et des cuisses ; quelques-uns ont les muscles forts et présentent une belle carrure mais il y en a peu qui aient de l’embonpoint [146]. Dans quelques parties cependant, ils sont mieux constitués ; ils égalent les Européens les plus grands, sans approcher des habitants des îles des Navigateurs [147].

    Ainsi, les hommes qui, dans le grand Océan, sont placés le plus près de l’équateur sont les plus grands, les mieux constitués, les plus vigoureux, en un mot les plus beaux ; et à mesure qu’on avance vers l’un ou l’autre pôle, on trouve que les hommes dégénèrent. Mais il n’est pas possible de suivre la gradation sur l’océan comme sur le continent américain ; les îles innombrables dont une partie de ces mers sont couvertes, sont presque toutes placées entre les tropiques. Pour continuer nos observations, il faut franchir du côté du sud un intervalle de près de treize degrés, et un intervalle de près de quarante degrés du côté du nord ; de ce côté-ci, il faut passer des îles Sandwich aux îles Alantiennes dans la mer du Kamtchatka ; et de celui-là, des îles de Pâques à la Nouvelle-Zélande, et à l’extrémité du sud de la Nouvelle-Hollande. Mais, si la différence d’un climat à l’autre est grande, celle qui existe entre les populations ne l’est pas moins. Dans l’échelle des proportions des forces humaines, il y a presque aussi loin des indigènes du port Jackson, ou de la terre de Van-Diemen, aux indigènes des îles des Navigateurs, qu’il y a loin, dans l’échelle des distances, de l’équateur à l’extrémité australe de la Nouvelle-Hollande. Il faut observer cependant que les hommes de cette dernière contrée appartiennent à une espèce différente.

    Les indigènes de la terre de Van-Diemen, placés entre le quarante-unième et le quarante-troisième degré de latitude australe, sont d’une taille moyenne qui varie entre cinq pieds deux pouces et cinq pieds quatre pouces. Ils ont, comme les habitants de la terre de Feu, les épaules et la poitrine larges ; mais, comme eux, ils ont les extrémités grêles et faibles, le ventre gros, saillant et comme ballonné. Ils ont les bras et les jambes si grêles, qu’ils s’étonnaient de voir ceux des hommes de l’équipage français. La faiblesse de leurs membres correspond à leur mauvaise constitution ; lorsqu’ils ont voulu lutter contre des matelots ou des officiers de la marine française, ils ont été aisément renversés [148]. Ils ont les poignets aussi faibles que les reins ; dans les expériences qui ont été faites sur eux au moyen du dynamomètre, les mieux constitués ont été de beaucoup inférieurs aux Français qu’un long voyage avait cependant affaiblis [149].

    Les indigènes de la Nouvelle-Hollande, quoiqu’un peu plus rapprochés de l’équateur que ceux de la terre de Van-Diemen, ne sont ni mieux constitués, ni plus forts. Leur stature est à peu près la même ; mais ils ont le torse moins développé [150], et les membres d’une petitesse remarquable [151]. Les expériences faites sur eux au moyen du dynamomètre, ont donné les mêmes résultats ; elles ont constaté qu’ils sont d’une faiblesse extrême, non seulement comparativement aux habitants des îles des Navigateurs, mais comparativement aux Européens [152]. Les femmes sont plus mal constituées encore que les hommes ; elles ont les formes maigres et décharnées, la gorge flétrie, et pendante jusqu’aux cuisses, et la malpropreté la plus dégoûtante ajoute à leur laideur naturelle [153].

    Les peuples de même race qui habitent la Nouvelle-Guinée, et qui sont par conséquent beaucoup plus rapprochés de l’équateur, sont d’un noir luisant, robustes, et d’une taille élevée ; ils ont les yeux grands et la bouche très fendue [154].

    Je ne dirai rien ici des peuplades qui habitent les îles Aleutiennes, elles appartiennent à la race mongole ou asiatique. Mais j’en parlerai dans le chapitre suivant, et l’on verra qu’ici les climats froids ne sont pas plus favorables qu’ailleurs au développement des forces humaines.

    Dans les îles du grand Océan, de même qu’en Amérique, on remarque plusieurs espèces d’hommes, et sous la même latitude on en trouve qui n’ont entre eux aucune ressemblance. Ainsi, les habitants des Nouvelles-Hébrides, placés à peu de distance des îles des Navigateurs, sous la même latitude que les habitants des îles des Amis, mais appartenant à une espèce différente, sont infiniment plus petits. Leur taille s’élève à peine à cinq pieds, leurs membres manquent souvent de proportion ; ils ont les bras et les jambes longs et grêles ; ils sont noirs et ont les traits et les cheveux laineux des nègres [155]. Les habitants de la Nouvelle-Calédonie, placés sous la même latitude que ceux des îles de la Société, ont le corps faible, les bras et les jambes grêles. Leur excessive maigreur décèle leur misère ; ils sont semblables aux habitants de la terre de Van-Diemen [156]. Les habitants de Mallicollo sont beaucoup plus petits encore ; ils ont le teint bronzé, la laine des nègres et la figure des singes : ayant le corps serré par une corde, ils ressemblent à de grosses fourmis [157]. D’autres variétés ont été observées, sous diverses latitudes, sans qu’on ait pu attribuer les différences qu’on a remarquées entre elles à la différence des climats [158]. Mais ce sont là des exceptions, et il est même remarquable que, lorsqu’à côté de peuplades fortes et bien constituées, il s’en trouve quelqu’une de faible, celle-ci appartient toujours à une espèce différente, est moins industrieuse et habite une terre moins fertile ; de sorte que, si le plus ou moins de chaleur du climat a quelque influence sur la constitution physique des hommes, cette influence est inappréciable ou imperceptible [159]. Nous verrons, dans le chapitre suivant, quelles sont les parties de l’Asie, de l’Afrique et de l’Europe dans lesquelles les facultés physiques des hommes qui habitent ces contrées se sont le mieux développées. Nous tâcherons de déterminer ensuite les causes et les effets de ce développement.